Afrique de l’Ouest : la stratégie de Moubarak Moukaila pour relever le défi énergétique

Face à une demande d’électricité qui ne cesse de croître et à une persistance de la dépendance aux hydrocarbures, l’Afrique de l’Ouest n’a plus les moyens d’attendre. Dans une tribune sans concession, Moubarak Moukaila, Directeur du financement du développement durable à la Banque Ouest africaine de développement (BOAD), plaide pour une refonte en profondeur de la stratégie énergétique régionale. Son credo, miser sur la décentralisation et l’efficacité.

En effet, Dans l’espace UEMOA, moins d’un habitant sur deux a accès à l’électricité. La demande progresse de près de 11 % par an, tandis que l’offre n’augmente que de 4 %, ce qui creuse un déficit structurel qui freine le développement économique et social de la région.

Pour l’expert de la BOAD, le véritable défi ne réside pas seulement dans la production, mais surtout dans le transport et la distribution. Produire davantage sans investir simultanément dans les réseaux reviendrait, selon lui, à « remplir un seau percé ».

À cette fragilité structurelle s’ajoute une autre menace qui est la volatilité des marchés pétroliers. Dans une région où plus de 70 % du mix énergétique repose encore sur les centrales thermiques alimentées par du pétrole importé, toute hausse du prix du baril se traduit par une pression immédiate sur les finances publiques, les ménages et les entreprises.

Face à cette vulnérabilité, Moubarak Moukaila défend une alternative claire. Il s’agit d’accélérer le déploiement de solutions énergétiques décentralisées, notamment les mini-réseaux solaires et les systèmes off-grid.

Dans les zones rurales, ces infrastructures permettraient d’alimenter rapidement écoles, centres de santé et activités agricoles, sans attendre l’extension souvent coûteuse et lente des réseaux nationaux. Dans les centres urbains, l’autoconsommation solaire sur les bâtiments publics et privés pourrait réduire la pression sur les réseaux existants et réserver l’électricité conventionnelle aux usages critiques.

C’est tout l’objet du nouveau plan stratégique de la BOAD, Djoliba (2026-2030). L’institution promet 6 500 milliards de FCFA de mobilisation et 1 000 MW supplémentaires, près de la moitié provenant du renouvelable. Au programme, trois priorités structurent cette feuille de route. Il s’agit d’encourager l’autoconsommation solaire via un cadre réglementaire adapté, d’accroître les financements en faveur du off-grid et d’orienter l’énergie réseau vers les secteurs à haute valeur ajoutée.

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