Le gazole a dépassé lundi 9 mars 2026 la barre symbolique des 2 euros le litre dans l’Hexagone, selon une moyenne calculée par l’AFP sur la base des données de quelque 9.400 stations-service transmises au gouvernement, un seuil inédit depuis l’été 2022.
Depuis le 27 février, veille des premières frappes israélo-américaines sur l’Iran, le gazole, carburant routier le plus consommé dans le pays, a pris 28 centimes au litre en France hexagonale, soit un bond de 16% .
Sur quelque 9.400 stations-service qui ont récemment transmis à un site gouvernemental l’évolution de leurs prix, la moyenne du litre de gazole était lundi vers 17H00 de 2,001 euros le litre.
Le litre de l’essence la plus consommée par les Français, le SP95-E10, a de son côté pris 11 centimes depuis le 27 février. Il se vend vers 17H00 à 1,833 euro le litre en moyenne, selon les derniers prix transmis par 7.449 stations.
La flambée du pétrole en cause
Le prix du brut s’envolait encore lundi. Vers 13H50 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, grimpait de 10,46% à 102,39 dollars. Il a même flambé temporairement de plus de 28%, avant de redescendre après l’annonce d’un recours envisagé aux réserves stratégiques de pétrole par les pays du G7.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de l’offre mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, reste quasi paralysé dans le contexte du conflit.
Le gouvernement écarte l’idée d’aides
Devant cette situation qui touche les automobilistes directement au portefeuille, le gouvernement a pour l’instant écarté l’idée de nouvelles aides à l’achat de carburant.
« Aujourd’hui il est trop tôt pour en parler. Je le redis, nous étudions tous les scénarios », a déclaré sur RTL la ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.
Mercredi, elle avait tenu la même ligne, tout en jugeant « précipitée » la proposition de la cheffe des députés Rassemblement national (RN) Marine Le Pen de baisser des taxes sur les carburants pour compenser les hausses.
Mme Bregeon a, elle, mis en avant les 500 contrôles prévus entre lundi et mercredi dans les stations-service, annoncés dimanche par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
« Ces contrôles permettront notamment de vérifier que les prix déclarés sur la plateforme prix-carburants.gouv.fr » par les quelque 10.000 stations-service françaises « sont fidèles à ceux trouvés à la pompe par le consommateur (et) de vérifier le respect de la réglementation en termes d’affichage des prix », a précisé Bercy.
Depuis 2006, les stations-service doivent communiquer tout changement de prix à prix-carburants.gouv.fr, qui publie ensuite les données en libre-accès.
Des disparités régionales
Si la moyenne nationale s’établit à 2,001 euros, certaines stations dépassent largement ce seuil. À Toulouse, neuf stations sur 33 répertoriées affichent au moins un prix au-dessus de 2 euros, avec des pointes à 2,20 euros le litre de gazole dans une station Avia. En Seine-et-Marne, une station proposait même un litre de gazole à 2,50 euros en fin de semaine dernière.
L’opposition monte au créneau
De son côté, le président du RN Jordan Bardella a réitéré sur BFMTV son appel à une baisse « des taxes sur le carburant pour que l’État ne s’enrichisse pas durant la crise et redonne ces gains (…) anormaux liés à un contexte de crise, directement à nos compatriotes ».
Mais baisser la TVA et l’accise sur les produits pétroliers (l’ancienne taxe TICPE) est « inconcevable », a déjà averti la ministre déléguée à l’Energie, car cela entraînerait un trou de près de 20 milliards d’euros dans le budget de l’État.
La France insoumise a réclamé de son côté un « blocage de prix » de l’essence, car « la question du carburant rentre dans le pouvoir d’achat des Français de manière importante ».
Des conséquences sur les comportements
Le service de covoiturage Blablacar a indiqué lundi à l’AFP avoir vu une hausse de 50% des inscrits sur la plateforme depuis 7 jours, et de 20% des places proposées par les conducteurs, attribuée à la « flambée des prix à la pompe ».
En 2023, les dépenses de carburants et lubrifiants pesaient un peu plus du quart des dépenses de transports des ménages, un poste qui représentait alors plus de 13% du budget moyen des foyers français.
Des perspectives incertaines
Le gouvernement martèle qu’il n’y a pas de risque de rupture de stock à ce stade. Dans les stations-service, les cuves sont pleines, et il y a 118 jours d’importations nettes en réserve, assure le ministère de l’Économie.
Toutefois, si la hausse à la pompe se poursuit à ce rythme, l’exécutif pourrait être contraint de revoir sa position. Les ministres des Finances du G7 se sont déclarés « prêts » à puiser si besoin dans les réserves stratégiques de pétrole pour tenter d’atténuer la flambée des prix, mais n’ont pas encore décidé d’y recourir.
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