jeudi 19 février 2026

Ghana : la stratégie du pays pour s’affranchir du FMI 

Le Ghana a annoncé la création d’un conseil budgétaire indépendant, une réforme institutionnelle majeure destinée à renforcer la discipline fiscale et à préparer une sortie « avec dignité » du programme du Fonds monétaire international (FMI). Selon Thomas Nyarko, adjoint au ministre des Finances, cité le 16 février, cette initiative vise à « consolider les acquis macroéconomiques et restaurer durablement la crédibilité budgétaire du pays ».

À la mi-2025, le Ghana affichait un excédent courant de 3 % du PIB, signe d’un rééquilibrage de ses échanges extérieurs. Les réserves de change ont atteint 9 milliards de dollars (environ 5 000 milliards FCFA) fin octobre 2025 et couvrent 3,5 mois d’importations, un niveau jugé confortable.

Plus spectaculaire encore, la monnaie locale s’est appréciée de 36 % face au dollar en 2025, signant la meilleure performance mondiale parmi les devises. Cette stabilisation monétaire a ramené l’inflation à 3,8 % en janvier 2026, un recul saisissant après les pics à plus de 50 % enregistrés en novembre 2022.

Cette embellie repose en grande partie sur la solidité des exportations aurifères, qui représentent désormais 67 % des exportations totales. La hausse des cours mondiaux et l’optimisation des recettes ont permis d’améliorer la balance des paiements et de soutenir la monnaie nationale. Reste une vulnérabilité structurelle qui est la dépendance accrue aux matières premières expose l’économie aux cycles internationaux.

La création du conseil budgétaire indépendant, inspiré des meilleures pratiques internationales, vise à surveiller la trajectoire des finances publiques, évaluer les hypothèses macroéconomiques et garantir la soutenabilité de la dette. Pour les investisseurs internationaux, notamment la France (dont les engagements au Ghana atteignent environ 2,5 milliards d’euros), cette réforme constitue un gage de stabilité et de prévisibilité.

Cette stratégie révèle la volonté d’Accra de reprendre la main sur sa gouvernance économique. Après des années de tensions budgétaires et monétaires, le pays entend démontrer qu’une gestion rigoureuse, combinée à une exploitation stratégique de ses ressources naturelles, peut ouvrir la voie à une autonomie financière durable.

Reste à confirmer cette trajectoire par la diversification économique, la consolidation des recettes fiscales non extractives et le maintien d’une discipline budgétaire effective. Si cette dynamique se confirme, le Ghana pourrait devenir un cas d’école en Afrique de l’Ouest, celui d’un pays ayant transformé une crise macroéconomique en opportunité de refondation institutionnelle.

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