Le conflit qui oppose le Niger au groupe nucléaire français Orano connaît un rebondissement inattendu. Deux mois après des tensions sécuritaires autour du site minier de Somair, les autorités nigériennes se disent prêtes à restituer une partie importante de l’uranium produit sous gestion française. Un geste d’apaisement qui ne masque qu’en apparence une transformation profonde de la gouvernance des ressources naturelles dans le pays.
Selon le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, environ 95 000 tonnes de yellowcake, soit près de 63,4 % des volumes historiquement produits sur le site de Somair, pourraient être restituées à Orano. Ce chiffre n’a rien d’un hasard, il correspond exactement à la participation détenue par le groupe français dans la société minière avant la rupture, le reste (36,6 %) appartenant à la société publique Sopamin.
« Tout ce qui a été produit par la suite est nigérien, et le restera », a insisté le général Tiani.
Une rupture consommée
Le différend entre Orano et les autorités nigériennes remonte à 2024, lorsque les militaires ont pris le contrôle opérationnel de la mine. Le groupe français est accusé de vouloir suspendre l’exploitation sans respecter les procédures nationales. La nationalisation unilatérale de Somair en juin 2025 a définitivement scellé la rupture, ce qui a privé Orano de toute capacité opérationnelle après plusieurs décennies de présence au Niger.
Malgré une décision d’arbitrage défavorable, Niamey avait retiré le stock d’uranium du site. La restitution annoncée apparaît donc moins comme un recul que comme une tentative de redéfinir les règles contractuelles avec les investisseurs étrangers.
Le Niger ne compte pas s’arrêter à l’uranium. Les autorités ont annoncé la renégociation de leur contrat pétrolier avec China National Petroleum Corporation, jugé déséquilibré. « L’accord de partage initial était totalement défavorable au Niger. Nous ne voulons pas reproduire les erreurs commises avec l’uranium », a affirmé le général Tiani.
Au-delà du simple différend industriel, c’est bien une redéfinition du rapport de force entre États africains producteurs et partenaires étrangers qui se joue, dans un contexte géopolitique bouleversé depuis le coup d’État militaire.
