Ambitions précoces, peuple oublié : et si le Sénégal s’inspirait du modèle constitutionnel béninois ?

À trois ans de l’élection présidentielle sénégalaise, les premières fissures au sein du couple exécutif et les querelles de positionnement ravivent le débat sur une disposition clé de la Constitution béninoise. Il s’agit de l’obligation de trêve politique. Un mécanisme qui, selon ses défenseurs, force les acteurs politiques à se concentrer sur la gestion au lieu de se laisser absorber par les campagnes anticipées.

Ce qui se passe actuellement au Sénégal en est une preuve éclatante. À trois ans du scrutin présidentiel, les acteurs de premier rang de la mouvance au pouvoir semblent se laisser divertir par les ambitions pour 2029, au détriment de la concentration qu’exige la mise en œuvre des politiques publiques. Le peuple sénégalais ne mérite pas cette digression dans laquelle nagent le président Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko.

Au Bénin, la Constitution prévoit une disposition singulière. L’interdiction pour les acteurs politiques de se lancer dans une campagne électorale avant une certaine période. Cette « trêve politique », comme on la nomme couramment, contraint les acteurs une fois aux affaires à se concentrer sur la gestion de leurs portefeuilles plutôt que de préparer leur succession ou leur réélection.

Le système béninois a montré son efficacité pour garantir une certaine stabilité gouvernementale et éviter que les querelles de personnes et les ambitions personnelles ne prennent le pas sur l’action publique. Pendant que les ministres béninois s’attellent à leurs dossiers, leurs homologues sénégalais semblent, eux, déjà en campagne.

Les fissures sénégalaises

Ces dernières semaines, les tensions au sein de la coalition Pastef sont devenues de plus en plus visibles. Le 1er mars, Ousmane Sonko a publiquement menacé de retirer son parti du gouvernement si le président ne s’alignait pas sur les positions du mouvement. Une déclaration choc qui a révélé les divergences profondes sur la stratégie à adopter et, surtout, sur l’horizon 2029.

Le camp de Bassirou Diomaye Faye refuse pour l’instant d’aborder le sujet, jugé trop prématuré. En face, les partisans de Sonko mettent la pression et exigent une clarification. Leur leader sera candidat, un point c’est tout. Cette guerre froide, qui couvait depuis des mois, éclate aujourd’hui au grand jour, au détriment des dossiers urgents qui attendent le gouvernement.

En effet, lorsque Pastef a conquis le pouvoir en mars 2024, porté par une vague d’espoir sans précédent, l’attente était immense. La jeunesse sénégalaise, qui avait massivement voté pour ce changement, espérait voir les lignes bouger rapidement sur les questions de justice sociale, d’emploi et de transparence.

Mais à peine deux ans après la victoire, les ambitions personnelles semblent déjà fissurer le mythe. Entre un président qui veut incarner l’unité au-delà des clivages partisans et un Premier ministre qui revendique l’hégémonie de son mouvement, l’équation semble insoluble. Et pendant ce temps, les Sénégalais attendent des résultats concrets.

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