Au Bénin, les maisons du peuple pourraient retrouver une vocation longtemps délaissée. C’est l’ambition du projet « To Kplon Nou », porté par la Fédération Léo Lagrange Bénin avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD). Son objectif est de structurer l’éducation non formelle et faire des centres de jeunesse et de loisirs des espaces où les enfants apprennent aussi en dehors de l’école.
« Nous sommes partis d’un constat. C’est qu’au Bénin, les temps de loisirs pour les jeunes ne sont pas encadrés », explique Fabroni Bill Yoclounon, responsable administratif et pédagogique chargé des formations et du suivi du projet. Pourtant, estime-t-il, l’éducation ne s’arrête pas aux portes des établissements scolaires. Les loisirs constituent aussi un espace d’apprentissage, de socialisation et de construction personnelle.
En effet, le projet trouve sa genèse dans le constat selon lequel les centres de jeux et de loisirs, construits pour l’essentiel à l’ère révolutionnaire, ont vu leur vocation première s’effriter. Bien qu’ils aient été conçus pour des activités éducatives, pédagogiques et culturelles, ils sont aujourd’hui principalement affectés à des cérémonies privées et à des rassemblements politiques.
Réinvestir les espaces de jeunesse
Lancé en 2023, « To Kplon Nou » a choisi dix communes pour sa première phase (Bopa, Boukombé, Dogbo, Kétou, Porto-Novo, Natitingou, Savalou, Parakou, Lokossa et Djougou) avec un financement de 700 000 euros de l’AFD sur la période 2023-2026, pour un budget global de 1,3 million d’euros, le projet couvre les trois grandes régions du pays.
L’approche repose sur une idée simple d’apprendre en s’amusant. Jeux, sport, activités socioculturelles et ateliers pédagogiques sont conçus pour transmettre des valeurs comme le vivre-ensemble, la tolérance, la cohésion sociale, la confiance en soi, l’égalité des chances ou encore l’éducation aux médias.
Derrière chaque activité, un objectif pédagogique. Un match de football peut, par exemple, imposer aux enfants de réaliser au moins vingt passes et de faire toucher le ballon à tous les joueurs avant de marquer. « Cela apprend aux enfants à partager, à jouer en équipe et à respecter l’autre », souligne Fabroni Bill Yoclounon.
La question de la pérennité
Les résultats affichés sont significatifs. Les dix centres ont été rouverts et proposent désormais des activités chaque mercredi et samedi, avec un programme renforcé pendant les vacances. Plus de 17 000 enfants ont été directement touchés et près de 30 000 bénéficiaires recensés sur l’ensemble des communes couvertes.
Le projet a aussi créé un centre de formation aux métiers de l’animation, avec des formations certifiées, alors que le métier d’animateur reste encore peu structuré au Bénin. Des échanges avec la France ont permis l’envoi de dix jeunes Béninois en service civique et l’accueil de dix jeunes Français.
Mais l’avenir du dispositif reste suspendu à son financement. Selon Fabroni Bill Yoclounon, plus de 80 % des objectifs de la première phase ont été atteints. Le volet culturel n’a toutefois pas pu être pleinement déployé, faute de financement public complémentaire. La principale inquiétude concerne désormais la continuité du projet. « Si le projet s’arrête les centres reviendront à leur état initial », prévient-il.
La Fédération Léo Lagrange Bénin espère donc obtenir l’appui financier du gouvernement béninois. Pour ses responsables, l’enjeu dépasse le seul avenir d’un projet associatif. Il s’agit de préserver, dans chaque commune, des espaces capables d’offrir à la jeunesse une autre manière d’apprendre, de se divertir et de construire le vivre-ensemble.
