Trois ans après la fermeture de la frontière entre le Bénin et le Niger, le processus de rapprochement entre les deux pays semble encore loin d’aboutir. Malgré les signes d’apaisement observés ces derniers mois, Niamey aurait fixé plusieurs conditions avant d’accepter une réouverture de cette frontière stratégique.
Selon les informations de RFI, les autorités nigériennes demanderaient notamment des garanties sur les questions sécuritaires et judiciaires. Ces exigences interviennent quelques semaines après la visite du président béninois au Niger et après une rencontre entre experts des deux pays à Cotonou, destinée à préparer une normalisation progressive des relations bilatérales.
À l’issue de cette réunion tenue les 20 et 21 juin 2026, l’espoir d’une reprise rapide des échanges avait été affiché. Un calendrier prévoyait même une possible réouverture autour du 15 juillet pour les voyageurs et le transport de marchandises en vrac, avant une extension aux conteneurs.
Mais cette perspective semble désormais retardée. Le général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire nigérien, a récemment affirmé que « des préalables doivent trouver des réponses avant de prendre la décision irréversible de l’ouverture de la frontière ».
Le dossier sécuritaire au cœur des discussions
Parmi les principales demandes de Niamey figure la question des accords de défense et de sécurité. Les autorités nigériennes soupçonnent la présence de forces étrangères dans le nord du Bénin, une accusation régulièrement démentie par Cotonou.
Selon les informations disponibles, le Niger souhaiterait que ces forces soient éloignées de sa frontière avant toute reprise des échanges. Cette demande constitue un point majeur des discussions entre les deux États, alors que la région reste confrontée à une forte menace sécuritaire liée aux groupes armés actifs dans le Sahel.
Le Bénin a toujours affirmé que sa coopération militaire vise uniquement à renforcer la lutte contre le terrorisme et à protéger son territoire.
Une demande d’amnistie sur le volet judiciaire
L’autre condition évoquée par Niamey concerne plusieurs responsables nigériens condamnés au Bénin. Les autorités nigériennes réclameraient notamment l’effacement des peines prononcées contre certains fonctionnaires, dont une responsable de la société West African Oil Pipeline Company (WAPCO) Niger.
Cette dernière avait été condamnée par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) à 18 mois de prison avec sursis pour usurpation de titre et usage de faux badges en juin 2024. Bien qu’elle ait regagné le Niger, Niamey souhaiterait désormais une annulation définitive de cette condamnation.
Un dialogue toujours en cours
Pour l’heure, Cotonou n’a pas officiellement réagi aux nouvelles exigences formulées par Niamey. Les autorités béninoises devront examiner ces demandes avant une éventuelle reprise des négociations.
La fermeture de la frontière, décidée après le coup d’État au Niger en juillet 2023, a fortement affecté les échanges commerciaux entre les deux pays, notamment dans les villes frontalières comme Malanville au Bénin.
Alors que les populations et les opérateurs économiques attendent une reprise rapide de la circulation, la réouverture dépend désormais d’un compromis politique entre les deux capitales. Le rapprochement amorcé ces derniers mois devra encore franchir plusieurs obstacles avant de se concrétiser.
