La Bulgarie traverse une crise politique majeure. Jeudi 12 décembre 2025, le Premier ministre Rossen Jeliazkov a annoncé la démission de son gouvernement, à la suite de manifestations massives contre la corruption, survenues à trois semaines de l’entrée du pays dans la zone euro. « Je vous informe […] que le gouvernement démissionne aujourd’hui », a déclaré Jeliazkov alors que les députés examinaient une motion de censure de l’opposition.
La veille, des dizaines de milliers de personnes avaient défilé dans la capitale Sofia et dans d’autres villes bulgares, dénonçant un système « corrompu jusque dans ses fondations ». La contestation, fortement soutenue par les jeunes, a débuté fin novembre, lorsque le gouvernement a voulu faire adopter rapidement le budget 2026, le premier rédigé en euros. Le projet prévoyait des hausses d’impôts et de cotisations sociales, perçues par l’opposition et les manifestants comme un moyen de dissimuler des détournements de fonds.
« La corruption est partout. La situation est intolérable », confiait Gergana Gelkova, une manifestante de 24 ans à Sofia, a expliqué que de nombreux jeunes quittaient le pays, découragés par le fonctionnement des institutions étatiques.
Formé en janvier 2025, le gouvernement Jeliazkov reposait sur une coalition fragile, associant les conservateurs du GERB de l’ancien Premier ministre Boïko Borissov à trois autres partis. Sous la pression de la rue, il avait retiré début décembre son projet initial de budget, mais la colère populaire ne s’est pas apaisée après la présentation d’une nouvelle version en début de semaine.
Selon le directeur de l’agence MarketLinks, Dobromir Zhivkov, la population soutient à plus de 70 % les manifestations. Ce soutien traduit un large consensus contre le modèle de gouvernance du pays.
La démission du gouvernement ne devrait pas perturber le passage à l’euro prévu le 1er janvier. Les institutions directement impliquées, notamment la Banque nationale bulgare, restent indépendantes, selon Petar Ganev, chercheur à l’Institut pour l’économie de marché.
Le président bulgare devra désormais confier un mandat pour former un nouveau gouvernement. Mais les principaux partis ayant exclu toute alliance, des élections extraordinaires devraient être organisées dans les deux mois. La Bulgarie, plus pauvre membre de l’Union européenne, se retrouve ainsi plongée dans une incertitude politique majeure à quelques semaines de son entrée dans la zone euro.
Suivez-nous sur Nasuba Infos via notre canal WhatsApp. Cliquez ici.
