Plus de 40 journalistes burkinabè, issus de médias publics et privés, ont participé à une semaine de formation militaire à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou. Présentée par les autorités comme une « immersion patriotique », l’initiative devrait désormais être organisée chaque année.
La formation, organisée à l’initiative du ministère de la Sécurité, s’est déroulée à l’Académie de police de Pabré, à une vingtaine de kilomètres de la capitale burkinabè. Des images diffusées par la télévision nationale montrent le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, vêtu d’un treillis et tenant une arme devant les journalistes eux-mêmes équipés d’uniformes militaires.
Le ministre leur a demandé s’ils étaient prêts à devenir « des journalistes patriotiques et professionnels ». Les participants ont répondu collectivement « Affirmatif ». « Un journaliste professionnel et pas patriote est une menace », a notamment déclaré le ministre, en insistant sur l’engagement attendu des professionnels des médias dans le contexte sécuritaire actuel.
Les autorités défendent une immersion dans le monde militaire
Pour les autorités burkinabè, cette formation doit permettre aux journalistes de mieux comprendre les réalités auxquelles sont confrontées les forces de défense et de sécurité dans leur lutte contre les groupes jihadistes.
Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, a expliqué que l’objectif était d’imprégner les professionnels des médias « des réalités opérationnelles et des valeurs qui guident au quotidien les forces de défense et de sécurité ».
Cette initiative s’inscrit dans une politique plus large de mobilisation patriotique portée par les autorités. Une formation similaire avait notamment été imposée l’année précédente aux élèves admis au baccalauréat.
RSF dénonce une confusion entre journalisme et effort de guerre
La démarche suscite toutefois de fortes inquiétudes chez les défenseurs de la liberté de la presse. Les médias burkinabè évoluent déjà dans un environnement marqué par les contraintes liées à la situation sécuritaire et par plusieurs mesures prises au nom de l’effort de guerre.
La situation du journaliste Serge Oulon, enlevé à Ouagadougou en 2024 et toujours détenu, illustre également les tensions qui entourent l’exercice du métier dans le pays. Pour Reporters sans frontières (RSF), la formation soulève des questions majeures sur l’indépendance des journalistes.
« Les journalistes ne sont pas des militaires et ne doivent pas être transformés en relais de l’effort de guerre, habillés en uniforme militaire et armes à la main », a déclaré à l’AFP Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique de RSF.
Une formation appelée à devenir annuelle
Les autorités prévoient désormais de reconduire cette formation chaque année. Pour ses promoteurs, elle doit renforcer le patriotisme des journalistes et leur permettre de mieux saisir les réalités du conflit qui oppose les forces burkinabè aux groupes armés jihadistes.
Les organisations de défense de la presse redoutent, elles, que cette démarche n’accentue la confusion entre le rôle du journaliste et celui d’un acteur de l’effort militaire.

