C’est presque devenu un rituel au Cameroun. Paul Biya, le plus vieux chef d’État en exercice au monde, ne s’affiche que rarement en public. Ses apparitions se comptent sur les doigts d’une main, une réalité régulièrement documentée par le lanceur d’alerte N’zui Manto sur les réseaux sociaux. À 93 ans, le président camerounais cultive une présence institutionnelle discrète, presque fantomatique, tout en conservant un pouvoir intact.
Né le 13 février 1933, soit cinq ans avant la Seconde Guerre mondiale, Paul Biya accède au pouvoir le 6 novembre 1982. Quarante-trois ans plus tard, il demeure solidement installé à la tête de l’État et incarne l’un des règnes les plus longs de l’histoire politique contemporaine africaine. Une longévité exceptionnelle qui contraste avec une visibilité publique devenue extrêmement limitée.
Trois apparitions symboliques par an
Au fil des années, un schéma presque immuable s’est imposé. Les Camerounais aperçoivent leur président à de très rares occasions. D’abord lors des discours préenregistrés diffusés à la télévision nationale pendant les grands rendez-vous institutionnels : les fêtes de fin d’année, le 31 janvier, et la Fête de la jeunesse du 11 février. Des allocutions solennelles, cadrées, sans interaction directe, qui constituent l’essentiel de sa communication publique.
Ensuite, une image devenue presque emblématique. Paul Biya au pied d’un avion de location sur le tarmac de l’aéroport de Yaoundé, prêt à s’envoler pour la Suisse, destination régulière de ses séjours privés. Une apparition furtive, souvent photographiée, rarement commentée officiellement.
Enfin, une scène plus intime montre le chef de l’État aux côtés d’un gâteau d’anniversaire lors de la célébration de ses 93 ans ou de l’anniversaire de son épouse. Une mise en scène sobre, symbolique, qui alimente davantage le mythe que la proximité.
Un pouvoir sans exposition
Cette rareté visuelle alimente interrogations, critiques et débats dans l’opinion publique camerounaise. Comment un président presque absent physiquement peut-il rester l’acteur central du pouvoir politique ? Pour ses détracteurs, cette situation révèle un système verrouillé, où l’appareil d’État fonctionne indépendamment de la présence visible du chef. Pour ses partisans, elle incarne la continuité et la stabilité institutionnelle.
À 93 ans, Paul Biya reste une figure paradoxale, discrète dans l’espace public mais omniprésente dans l’appareil de pouvoir. Un président dont la longévité politique dépasse désormais sa présence médiatique, ce qui fait de son règne un cas unique dans l’histoire politique africaine contemporaine.
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