Crise du logement : le Parlement européen adopte un rapport qui divise

Les députés européens ont franchi un pas, mardi 10 mars à Strasbourg, dans la reconnaissance de la crise du logement comme priorité politique. Le rapport final, approuvé à une majorité confortable, dresse un constat alarmant. Des millions d’Européens vivent dans des conditions précaires, étranglés par la flambée des loyers et l’explosion des coûts hypothécaires. Pour y remédier, il préconise un engagement renforcé de l’Union européenne en faveur de la construction et de la rénovation.

En effet, depuis vingt ans, le rêve d’un toit abordable s’éloigne pour une part croissante de la population européenne. Face à cette urgence sociale, les eurodéputés ont adopté un rapport qui entend peser sur les futures orientations de la Commission. Le texte, approuvé par 367 voix contre 166, appelle à mobiliser des fonds européens spécifiques pour accélérer la rénovation énergétique des logements, lutter contre la précarité énergétique et soutenir une offre nouvelle de logements abordables.

De la droite conservatrice aux sociaux-démocrates, un large arc politique s’est dégagé pour voter ce texte. Parmi les leviers mis en avant : des incitations fiscales ciblant les ménages modestes et les classes moyennes, pour faciliter l’accession à la propriété des primo-accédants et rendre les locations de longue durée plus soutenables financièrement. Isabelle Le Callennec, eurodéputée du Parti populaire européen et membre de la commission spéciale, salue un travail approfondi.

“Je tiens à rendre hommage à toutes celles et ceux qui ont œuvré pour que nous puissions traiter l’intégralité des enjeux liés au logement, y compris le logement social. Nous avons même réussi à inclure des mesures concrètes pour lutter contre le sans-abrisme”, souligne-t-elle.

Quand le logement fait débat jusqu’à la criminalisation des plus fragiles

À gauche de l’hémicycle, le ton est tout autre. Pour les élus de La France insoumise, ce rapport porte la marque des lobbies du bâtiment et des promoteurs. Ils dénoncent un texte qui, sous couvert de simplification, réduit les normes et les garde-fous démocratiques. Marie Toussaint, députée Europe Écologie Les Verts, s’insurge particulièrement contre les dispositions visant les personnes sans domicile.

“Ce que la droite propose pour les sans-abris, c’est de les criminaliser. On pointe du doigt les squatteurs, on les présente comme des délinquants, et on veut les ficher via Europol. Mais dans la réalité, il s’agit avant tout de personnes qui n’ont pas de toit et qui cherchent un refuge, ne serait-ce que pour quelques nuits”, dénonce-t-elle.

“C’est un glissement inquiétant. Europol a été conçu pour traquer les grands criminels, pas pour surveiller des personnes vulnérables. On assiste à un renoncement à l’approche humaniste qui était jusqu’ici la marque des politiques européennes”, ajoute l’élue écologiste.

Avec ce rapport, les eurodéputés entendent désormais influencer les politiques nationales. Mais ils rappellent que le logement reste une compétence des États membres, les engageant à s’emparer de cette feuille de route pour répondre à l’urgence sociale qui frappe des millions de citoyens.

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