La licence du média en ligne indépendant Addis Standard a été révoquée ce mardi 24 février 2026 par les autorités de Éthiopie, au motif d’une « atteinte aux intérêts nationaux ». Selon un communiqué publié sur Facebook par l’Autorité éthiopienne des médias (EMA), dont le directeur est nommé par la chambre des députés, l’Addis Standard a « diffusé à plusieurs reprises des reportages portant atteinte à la déontologie journalistique, aux lois éthiopiennes et aux intérêts nationaux ». Après avoir enjoint à plusieurs reprises à la publication en ligne en langue anglaise de « corriger sa conduite », l’EMA, qui accuse Addis Standard d’avoir « persisté dans son refus », a annoncé la suppression de sa licence.
Addis Standard est l’un des rares médias indépendants du pays, suivi par près d’un million d’abonnés sur X. Il a notamment couvert la situation dans la région de l’Amhara, où des rebelles sont opposés depuis plusieurs années aux forces fédérales, ainsi qu’au Tigré, où un regain de tensions fait planer le risque d’un nouveau conflit. Le cas de ce média n’est pas isolé en Éthiopie, alors que se profilent les élections législatives prévues début juin. Les autorités ont décidé en février de ne pas renouveler les accréditations de trois correspondants éthiopiens de Reuters, plusieurs jours après la publication par l’agence de presse d’une enquête affirmant que l’Éthiopie accueille sur son territoire une base de formation des Forces de soutien rapides (RSF), une milice paramilitaire qui combat l’armée régulière au Soudan voisin depuis avril 2023.
En décembre, les journalistes locaux de Deutsche Welle (DW) avaient été « suspendus définitivement ». Les accréditations pour les correspondants de la BBC n’ont également pas été renouvelées. Quatre journalistes, emprisonnés depuis près de trois ans, sont poursuivis pour terrorisme et risquent la peine de mort, même si la peine capitale est peu appliquée dans le pays. Selon RSF, le paysage médiatique sous le Premier ministre Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018, demeure « très polarisé et empreint d’une culture de l’opinion au détriment de la vérification de l’information », tout en notant qu’il est « toutefois plus ouvert et pluraliste que sous le régime précédent ».
