En France, le président Emmanuel Macron a opéré « la mise à jour la plus importante de la politique nucléaire militaire française depuis 30 ans », analyse Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Depuis les ajustements de Jacques Chirac en 1995-1996, on n’avait pas connu pareille inflexion.
Deux annonces concentrent l’attention des spécialistes. Il s’agit de l’augmentation du nombre d’armes dans l’arsenal français et l’introduction d’un concept de « dissuasion avancée » à destination des alliés européens.
Pourquoi la France relève-t-elle ses arsenaux ? Cette décision enterre une logique entamée en 1991. Après la disparition du Pacte de Varsovie et la chute de l’URSS, Paris avait entamé une démarche de réduction progressive, dans une philosophie de « stricte suffisance ».
Plusieurs facteurs expliquent ce revirement. Les défenses adverses évoluent et pourraient un jour menacer la crédibilité de la frappe française. Mais d’autres considérations entrent en jeu, selon Bruno Tertrais. « Il s’agit aussi d’être plus rassurant pour nos alliés européens, qui estiment parfois (à tort ou à raison) que l’arsenal français ne suffit pas à protéger le continent », a-t-il précisé.
Le chef de l’État prépare peut-être également l’avenir. Cette augmentation du nombre d’armes ouvre la voie à d’éventuels missiles français embarqués par des avions européens. Enfin, la France pourrait anticiper l’émergence d’une alliance de pays nucléaires face aux menaces communes.
Emmanuel Macron a confirmé la possibilité de déployer des éléments de forces stratégiques sur le territoire de pays alliés. Une formulation volontairement ambiguë, et pour cause, le président n’a annoncé aucun déploiement concret d’armes, mais il ne l’a pas non plus exclu.
Des avions des Forces aériennes stratégiques ont déjà survolé l’Europe par le passé. En revanche, jamais la France n’avait procédé à du « signalement stratégique à vocation nucléaire » chez ses partenaires, ni stationné durablement des moyens sur leur sol.
Pour Paris, cette dispersion présente aussi un avantage tactique. En effet, elle limite la vulnérabilité des forces stratégiques françaises en les répartissant sur un plus large territoire.
Attention toutefois, prévient l’expert, « il ne s’agit pas d’une “garantie” au sens d’un engagement formel. La liberté d’action de la France restera entière ». Pas de partage de la décision d’emploi, pas de cogestion des intérêts vitaux, pas de planification commune. Le président français conserve seul la main sur l’arme ultime.
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