vendredi 20 février 2026

Gabon/Suspension des réseaux sociaux : le risque économique silencieux

La décision de Haute Autorité de la Communication de suspendre l’accès aux réseaux sociaux au Gabon ne relève pas uniquement d’un choix de régulation. Elle constitue un choc économique transversal, dont les effets, souvent invisibles à court terme, peuvent s’avérer structurels et coûteux pour une économie déjà engagée dans une transition numérique fragile.

L’économie numérique comme infrastructure critique

Dans les économies africaines contemporaines, les réseaux sociaux ne sont plus des outils périphériques. Ils sont devenus des infrastructures économiques informelles mais essentielles.

Ils structurent :

  • la vente au détail non enregistrée,
  • les services à la demande,
  • la relation client des PME,
  • la communication commerciale à coût quasi nul.

Suspendre ces plateformes revient à désactiver une couche fonctionnelle de l’économie, sans alternative immédiate.

Un choc de liquidité sur les micro-activités

L’essentiel de l’économie numérique gabonaise repose sur des flux journaliers.

La coupure entraîne :

  • une interruption des commandes,
  • une immobilisation des stocks,
  • une chute brutale des encaissements.

Pour des acteurs à faible capitalisation, il s’agit d’un choc de liquidité, comparable à une fermeture administrative sans préavis, mais à l’échelle nationale.

Fragilisation de la modernisation financière

Les réseaux sociaux sont intimement liés :

  • au mobile money,
  • aux paiements instantanés,
  • aux circuits de facturation digitale.

Leur suspension ralentit la circulation monétaire et réhabilite le cash, avec trois effets pervers :

  1. baisse de la traçabilité,
  2. recul de l’inclusion financière,
  3. affaiblissement de la lutte contre l’économie grise.

Paradoxe majeur : une décision administrative peut annuler des années d’efforts de formalisation financière.

Signal négatif au marché et aux investisseurs

Pour les investisseurs, le message est clair : le cadre numérique est politiquement réversible.

Cela entraîne :

  • une prime de risque plus élevée,
  • un report des projets digitaux,
  • une prudence accrue des partenaires techniques et financiers.

Dans les classements informels d’attractivité, l’imprévisibilité réglementaire pèse autant que la fiscalité.

Effet boomerang sur les finances publiques

Moins d’activité numérique signifie mécaniquement :

  • moins de TVA indirecte,
  • moins d’impôts sur les bénéfices,
  • moins de cotisations sociales.

À moyen terme, l’État risque de constater un manque à gagner budgétaire, alors même que la pression sur les dépenses sociales augmente.

Une génération économiquement désynchronisée

Les plus exposés sont :

  • les jeunes entrepreneurs,
  • les femmes commerçantes,
  • les indépendants urbains.

Ce sont pourtant les vecteurs de croissance future.

Les exclure temporairement de l’économie numérique, c’est rompre la continuité générationnelle de la création de valeur.

 Le coût invisible de la défiance numérique

Au-delà des pertes immédiates, le danger principal est la défiance :

  • défiance envers les plateformes,
  • défiance envers la stabilité réglementaire,
  • défiance envers l’investissement dans le digital local.

Une économie numérique ne se reconstruit pas uniquement avec des textes : elle repose sur la confiance.

Une décision à haut coût économique

La suspension des réseaux sociaux n’est pas neutre.

Elle agit comme :

  • un frein à la croissance,
  • un choc sur l’informel productif,
  • un signal négatif aux marchés.

La régulation est nécessaire.

Mais l’arrêt généralisé est un instrument lourd, économiquement risqué, dont le coût réel se mesure après la levée de la suspension, lorsque la confiance tarde à revenir.

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