S’il reste maître de l’armée guinéenne, Mamadi Doumbouya entretient avec elle une relation ambiguë. Chef de l’État et militaire, il se repose surtout sur les forces spéciales, unité d’élite qu’il dirige depuis 2018 et qui lui a permis de prendre le pouvoir en septembre 2021.
L’histoire personnelle de Doumbouya éclaire cette méfiance. Formé à la Légion étrangère française et soutenu par Alpha Condé, il gravit rapidement les échelons militaires à son retour en Guinée au début des années 2010. Cette ascension fulgurante suscite des réticences parmi les hauts gradés, qui voient d’un œil sceptique un officier issu de la diaspora et proche de Kankan, fief de Condé.
À la tête du Groupement des forces spéciales (GFS), Mamadi Doumbouya dispose d’un instrument de protection privilégié. Lors du coup d’État de 2021, le soutien de l’armée n’est pas tant motivé par l’adhésion à sa personne que par un rejet du régime Condé, dont les réformes avaient limité l’accès aux ressources financières pour certains officiers.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président guinéen a cherché à réaffirmer l’autorité centrale de l’armée en militarisant l’État par une série de décrets. Mais cette intégration s’accompagne d’une surveillance stricte. Mamadi Doumbouya continue de s’appuyer principalement sur ses forces spéciales et sur la gendarmerie, véritables garants de la sécurité de son régime.
« C’est un pouvoir légitimé par les urnes, mais en état d’alerte permanente », résume François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique. Doumbouya, qui doit son ascension aux armes et au soutien militaire, sait que l’uniforme qui le protège peut aussi devenir celui qui le menace.
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