Il y a des discours qui pèsent plus lourd que d’autres. Ce lundi 24 mars, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, John Dramani Mahama, le président ghanéen, n’est pas venu simplement prononcer des mots. Il est venu porter la voix de millions d’ancêtres. Ceux qui ont été arrachés à leurs terres, entassés dans des cales, déportés de force, réduits en esclavage. « Plus de 12,5 millions d’Africains », a-t-il rappelé, avec dans la voix cette gravité que seuls ceux qui connaissent le poids de l’histoire peuvent transmettre.
Devant les représentants du monde entier, John Dramani Mahama a posé une question qui n’a jamais vraiment reçu de réponse : combien de temps encore faudra-t-il se contenter de mots, alors que les blessures sont toujours ouvertes ?
La formule est simple, presque trop simple pour un sujet d’une telle complexité. Mais le président ghanéen sait que la simplicité, parfois, est la seule voie pour toucher les consciences. Il ne demande pas qu’on efface l’histoire. Il demande qu’on l’affronte. Qu’on cesse de parler de mémoire pour parler de justice.
Dans l’assemblée, certains se souviennent. D’autres écoutent, peut-être pour la première fois, ce que signifie porter le poids de siècles d’humiliation. Car derrière les chiffres (12,5 millions de déportés, des millions de morts dans les traversées), il y a des visages. Des vies brisées. Des familles dispersées et des cultures entières effacées.
L’Afrique se lève pour parler
Cette prise de parole à New York n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un grand élan, celui que l’Union africaine a voulu impulser en proclamant 2026-2035 « décennie des réparations et du patrimoine africain ». Une décennie qui pourrait être celle du passage de la mémoire à l’action.
Pour John Dramani Mahama, c’est aussi une affaire personnelle. Le Ghana, pays de la côte des châteaux forts, porte en lui la mémoire vive de la traite. Ses plages ont vu partir des hommes et des femmes vers l’inconnu. Ses forts, aujourd’hui classés au patrimoine mondial, sont des mémoriaux silencieux. Le président ghanéen sait qu’en parlant ici, il parle pour tout un continent.
Le vote de la résolution est prévu ce mardi 25 mars. Dans quelques heures, l’Assemblée générale des Nations unies devra se prononcer. Ce ne sera qu’une étape. Mais une étape cruciale. Car si la communauté internationale dit oui, elle ouvrira une porte longtemps restée fermée. Celle d’un dialogue enfin sincère entre l’Afrique et les nations qui ont bâti leur richesse sur ses souffrances.

