L’ancien président sénégalais a officialisé sa candidature au secrétariat général des Nations unies, portée non pas par Dakar mais par Bujumbura. Une première dans l’histoire diplomatique du pays.
Le dossier a atterri lundi matin au siège new-yorkais de l’ONU. Paraphé par le Burundi, il porte le nom de Macky Sall. L’ancien chef d’État sénégalais (2012-2024) brigue officiellement la succession d’António Guterres à la tête de l’organisation mondiale. Son mandat s’achèvera le 1er janvier 2027, après dix ans de service.
La procédure est régulière. N’importe quel État membre peut proposer un candidat, quelle que soit sa nationalité . Mais l’absence du Sénégal parmi les parrains interpelle. Jamais un prétendant africain n’avait fait l’économie du soutien de son propre pays.
Le choix du Burundi n’a rien d’anodin. Son président, Évariste Ndayishimiye, préside actuellement l’Union africaine. C’est donc officiellement au nom du continent que Macky Sall se présente. Une source proche de l’ancien président justifie cette option en ces termes : « Le Burundi préside l’Union africaine et c’est important pour le président Sall d’avoir une approche continentale ».
La manœuvre permet de contourner l’obstacle sénégalais. Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko en mars 2024, les relations avec l’ancien locataire du palais se sont tendues. Un rapport de la Cour des comptes a épinglé des irrégularités durant son mandat. En avril 2025, un député a même déposé une proposition de mise en accusation pour « haute trahison ».
Le silence assourdissant de Dakar
Les nouvelles autorités n’ont pas pipé mot sur cette candidature. Ni soutien, ni opposition officielle. Un mutisme qui en dit long sur leur embarras. Au sein du parti au pouvoir, PASTEF, certains députés ont déjà prévenu, ils démissionneraient si l’État apportait son parrainage à Macky Sall.
Face à ce vide, les soutiens de l’ancien président s’activent. Abdou Mbow, porte-parole adjoint de son parti l’Alliance pour la République (APR), a lancé un appel pressant sur les ondes de RFM pour appeler les autorités à ne pas « ramer à contre-courant de l’histoire ». Il vante le « leadership accepté » et le « parcours exceptionnel » de Macky Sall, « une fierté pour tout Sénégalais et tout Africain ».
Macky Sall rejoint une course qui compte déjà plusieurs prétendants de poids. L’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, soutenue par le Chili, le Brésil et le Mexique, fait figure de favorite. L’Argentin Rafael Grossi, patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), est également en lice avec le parrainage de Buenos Aires.
D’autres noms circulent à l’instar de l’ancienne vice-présidente costaricienne Rebeca Grynspan, l’Équatorienne María Fernanda Espinosa, la Barbadienne Mia Mottley ou encore la Néo-Zélandaise Jacinda Ardern .
La double contrainte géographique
Le calendrier joue contre le candidat africain. Une tradition informelle veut que le poste de secrétaire général tourne entre les régions. Or, le prochain tour reviendrait à l’Amérique latine. De nombreux États plaident aussi pour qu’une femme occupe enfin ce poste pour la première fois.
La décision finale appartient au Conseil de sécurité. Ses cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France) disposent d’un droit de veto. Le processus de sélection débutera fin juillet. Les candidats ont donc plusieurs mois pour tisser leurs alliances.
Rappelons que Macky Sall peut faire valoir son expérience à la tête de l’Union africaine (février 2022-février 2023) et son rôle d’envoyé spécial pour le Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète depuis la fin de son mandat . Géologue de formation, il a occupé les fonctions de Premier ministre, président de l’Assemblée nationale et maire de Fatick, sa ville natale.
Son mandat présidentiel a modernisé l’économie sénégalaise selon une philosophie libérale, tout en mettant l’accent sur l’inclusion sociale et la réduction de la pauvreté. Un bilan que ses successeurs regardent aujourd’hui avec un tout autre œil.
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