Des sources locales et un survivant accusent les forces maliennes et les éléments russes de l’Africa Corps d’avoir tué sept personnes, vendredi 6 mars 2026, dans la zone d’Ahl El Kory, proche de la frontière mauritanienne. Les victimes, des civils peuls revenant d’une foire, auraient été exécutées sommairement après avoir tenté de fuir un contrôle.
Les faits se sont déroulés en début d’après-midi, vendredi 6 mars. Deux véhicules qui venaient de quitter Fassala, en Mauritanie, pour se rendre à une foire hebdomadaire près de Tenenkou, au Mali, ont été interceptés par une patrouille conjointe de l’armée malienne et de ses supplétifs russes de l’Africa Corps, selon des informations recueillies par RFI auprès d’un survivant et de plusieurs notabilités locales.
La zone d’Ahl El Kory se situe à moins de dix kilomètres de la frontière, à l’intersection des régions maliennes de Ségou, Mopti et Tombouctou, là où la frontière avec la Mauritanie dessine un angle droit. C’est une région où les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) sont actifs.
Lorsque les militaires ont arrêté les véhicules, plusieurs passagers, pris de panique, ont tenté de s’enfuir. Ce sont eux qui ont été tués : six par balles, à bout portant, et un septième a été égorgé, selon le récit concordant des sources locales et de l’organisation de défense des droits humains CD-DPA.
Leurs cadavres ont été abandonnés sur place. Des habitants de la zone, s’y rendant de nuit, ont pu filmer les corps, et les images transmises à RFI semblent confirmer les accusations d’exécutions sommaires.
Les sources jointes par la radio française assurent que les sept victimes sont membres de la communauté peule et qu’il s’agissait de civils sans armes. Les autres passagers des véhicules ont été tabassés, interrogés, accusés d’être des jihadistes, puis finalement relâchés.
L’armée malienne ne communique pas
Sollicitée par RFI, l’armée malienne n’a pas donné suite et n’a pas communiqué officiellement sur cette opération.
Ces accusations s’inscrivent dans un schéma désormais bien documenté par plusieurs organisations internationales. Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte en 2020 et le renforcement de la coopération militaire avec la Russie (d’abord via le groupe Wagner, désormais via l’Africa Corps), les forces maliennes et leurs supplétifs sont régulièrement épinglés pour des exécutions extrajudiciaires visant des civils, souvent peuls, accusés de sympathie avec les groupes jihadistes.
Fin février 2026, l’armée malienne avait annoncé avoir tué 203 “combattants” lors d’une opération dans le centre du pays, sans que ces chiffres puissent être vérifiés de manière indépendante. En mars de la même année, l’ONU avait déjà fait état de la mort d’au moins 50 civils lors d’une opération conjointe de l’armée malienne et de “personnels militaires étrangers” dans la région de Hombori.
L’ONG Human Rights Watch, dans un rapport publié en juillet 2025, avait documenté des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées de civils peuls par l’armée et ses alliés russes depuis le début de l’année, appelant la junte à “mettre fin aux abus”.
Suivez-nous sur Nasuba Infos via notre canal WhatsApp. Cliquez ici.
