Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », fondateur du redoutable cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG), a été tué dimanche 22 février à l’âge de 59 ans lors d’une opération de l’armée mexicaine. Son décès signe la fin de l’ère du dernier grand parrain du Mexique, après l’arrestation et l’incarcération aux États-Unis des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquin « El Chapo » Guzman et Ismael « Mayo » Zambada.
Considéré comme l’un des narcotrafiquants les plus recherchés au monde, El Mencho avait une prime de 15 millions de dollars offerte par les États-Unis pour sa capture. Le département d’État américain avait classé le CJNG comme organisation terroriste en 2025, pour son caractère « transnational avec une présence dans quasiment tout le Mexique ».
Né en 1966 dans une famille pauvre du Michoacan, El Mencho a commencé sa carrière criminelle aux États-Unis, où il a été condamné dans les années 1980 pour trafic d’héroïne avant d’être expulsé. De retour au Mexique, il rejoint le cartel del Milenio, dont il est éjecté à la suite de luttes internes.
En 2009, il fonde dans l’État de Jalisco les Mata Zetas, qui deviendront rapidement le Cartel Jalisco Nueva Generacion. En 2011, le gang signe l’un de ses massacres les plus emblématiques en abandonnant 35 cadavres près du lieu d’une réunion de procureurs dans le Veracruz.
Des attaques spectaculaires contre les autorités
Selon le spécialiste du narcotrafic José Reveles, El Mencho était « violent de nature » et s’en prenait de front aux autorités, contrairement à d’autres organisations criminelles plus défensives.
En mai 2015, son cartel abat un hélicoptère militaire au lance-roquettes dans le Jalisco. Des dizaines de personnes trouvent la mort, dont 20 policiers et neuf militaires.
Le 20 juin 2020, il lance une attaque sans précédent contre Omar García Harfuch, alors chef de la police de la capitale et aujourd’hui secrétaire fédéral à la Sécurité publique. García Harfuch est blessé, et trois personnes, dont deux gardes du corps, sont tuées.
Même s’il est apparu en 2025 lors de deux concerts de « narcocorridos », El Mencho faisait « très attention à ne pas s’exposer publiquement, on sait peu de choses sur sa vie », observe José Reveles. Les images de lui sont rares.
Sous sa direction, le CJNG est devenu le cartel le plus puissant du Mexique, se renforçant à grande vitesse après l’extradition des dirigeants de Sinaloa. Trafic de drogues, d’armes, extorsions, traite de migrants, vols de pétrole et de minerais, Washington l’accuse d’une litanie de crimes.
Ne parvenant pas à rivaliser avec ses concurrents sur la frontière américaine, El Mencho avait infiltré d’autres marchés, notamment en Europe, en Asie et en Afrique, où la drogue se paie plus cher.
Une famille touchée par la justice
Divorcé, Oseguera avait trois enfants. Son ex-épouse et deux de ses fils ont été emprisonnés. Elle a été relâchée, tandis que son aîné, alias « El Menchito », a écopé de la perpétuité aux États-Unis.
Son décès survient dans un contexte où les violences liées aux cartels ont causé plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparitions au Mexique depuis 2006.
