En République démocratique du Congo, la question d’un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi continue de tendre le débat politique. Delly Sesanga, figure de l’opposition et président du parti ENVOL, a appelé lundi le chef de l’État à abandonner les projets de modification constitutionnelle susceptibles de prolonger son maintien au pouvoir.
À deux ans de la prochaine présidentielle, l’opposition dénonce une réforme qu’elle juge prioritaire pour le pouvoir alors que le pays reste confronté à une grave crise sécuritaire. « Une nation en guerre ne devrait pas faire de la modification de la Constitution une priorité », a déclaré Delly Sesanga, membre de la coalition C64.
Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis 2019, a été réélu en décembre 2023 pour un second mandat de cinq ans. La Constitution congolaise limite le président à deux mandats. Une modification de la Loi fondamentale serait donc nécessaire pour lui permettre de briguer un nouveau mandat en 2028.
Au début du mois, Félix Tshisekedi a renvoyé à l’Assemblée nationale un projet de loi sur les conditions d’organisation des référendums. Le texte, qui avait reçu l’approbation de la Cour constitutionnelle fin juillet, avait suscité de vives critiques au sein de l’opposition.
Pour Delly Sesanga, ce renvoi constitue un geste insuffisant. Il demande au président et à la majorité parlementaire de mettre définitivement fin au projet.
L’opposition congolaise, affaiblie après la large victoire de Félix Tshisekedi à la présidentielle de 2023, peine toutefois à retrouver une capacité de mobilisation comparable à celle des années précédentes. La coalition C64 a reporté au 15 septembre les manifestations initialement annoncées pour la mi-août.
Delly Sesanga rejette néanmoins l’idée d’une opposition divisée. Selon lui, ses différentes composantes partagent les mêmes préoccupations face à la situation du pays. Il cite notamment la pauvreté, le chômage des jeunes et l’insécurité.
L’est du pays au cœur des préoccupations
Cette polémique autour de la Loi fondamentale survient au moment où l’est du pays traverse l’une des pires crises humanitaires de son histoire, avec des groupes armés qui multiplient les exactions contre les civils. Le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs partenaires internationaux, contrôle une partie importante des territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Les combats et l’instabilité dans ces provinces font également planer une incertitude sur la tenue de la présidentielle de 2028. Des millions d’électeurs pourraient avoir des difficultés à participer au scrutin si la situation sécuritaire ne s’améliore pas. « Aucun Congolais sérieux n’accepterait une élection sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a prévenu Delly Sesanga.
Le responsible de l’opposition plaide par ailleurs pour la participation du M23 à un dialogue national destiné à favoriser la paix et la réunification du pays. Une option jusqu’ici rejetée par les autorités congolaises.
Kinshasa a annoncé en juillet la préparation d’un dialogue national, réclamé depuis plusieurs mois par l’opposition. Les modalités de cette initiative restent toutefois à préciser.
Sur le front diplomatique, la Suisse a annoncé dimanche que Kinshasa et le M23 avaient trouvé un accord sur une nouvelle feuille de route pour leurs négociations. Cette démarche vise à relancer les efforts en faveur d’un cessez-le-feu après plusieurs tentatives infructueuses.
Pour l’opposition, la priorité reste donc la sécurité et la stabilité du pays. Elle entend empêcher que la réforme constitutionnelle ne devienne, à ses yeux, le prélude à une nouvelle candidature de Félix Tshisekedi en 2028.
