dimanche 11 janvier 2026

Retrait de la CPI : pourquoi les pays de l’AES tardent à formaliser leur départ ?

Trois mois après avoir annoncé leur retrait « avec effet immédiat » de la Cour pénale internationale (CPI), le Mali, le Niger et le Burkina Faso n’ont toujours pas engagé la procédure officielle prévue par le Statut de Rome. Cette lenteur interroge, alors même que les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) avaient présenté leur décision comme irrévocable.

Le 22 septembre 2025, Bamako, Niamey et Ouagadougou avaient rendu public, dans un communiqué conjoint, leur volonté de quitter la juridiction internationale. Les autorités sahéliennes avaient alors dénoncé une institution devenue, selon leurs termes, un « instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme », accusée de pratiquer une justice sélective fondée sur le principe du deux poids deux mesures.

Pourtant, à ce jour, aucun des trois États n’a officiellement notifié son retrait au secrétaire général des Nations unies, seule démarche juridique susceptible d’enclencher le processus. Selon le Statut de Rome, un retrait ne prend effet qu’un an après la réception d’une notification écrite. Sans cette formalité, les pays concernés demeurent juridiquement membres de la CPI.

Les autorités de l’AES invoquent une décision « souveraine », tout en multipliant les critiques à l’encontre d’une Cour chargée de juger les crimes de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Les régimes militaires au pouvoir estiment que la CPI cible prioritairement des responsables africains, au détriment d’autres régions du monde.

Cette hésitation s’explique aussi par des considérations politiques et diplomatiques. Un retrait effectif pourrait entraîner des conséquences sur la coopération judiciaire internationale, les relations avec certains partenaires occidentaux et l’accès à des mécanismes d’assistance juridique ou financière.

En parallèle, les trois pays poursuivent leur projet de refondation judiciaire régionale. En mars 2025, à l’issue d’une réunion ministérielle, le Mali, le Niger et le Burkina Faso avaient annoncé la future création d’une Cour pénale et des droits de l’homme de l’AES. Une prison régionale de haute sécurité figure également parmi les initiatives évoquées, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et les crimes graves dans l’espace sahélien.

Entre affirmation politique et prudence juridique, le retrait de la CPI reste donc, pour l’heure, une décision annoncée mais non actée.

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