Au Sénégal, le Premier ministre menace de retirer son parti du gouvernement et de reprendre le chemin de l’opposition. Le torchon brûle désormais entre les deux hommes qui ont porté Pastef au pouvoir. Dimanche 1er mars, Ousmane Sonko a sorti l’artillerie lourde. Devant ses militants, le Premier ministre a posé ses ultimatums au président Bassirou Diomaye Faye. Plus question de jouer la carte de l’apaisement. Plus question de maintenir les apparences.
« Si le Président est aligné à son parti, le débat ne se pose pas. Si le Président n’est pas aligné à son parti, on est dans une situation que je qualifie de cohabitation douce, raisonnable et raisonnée », a-t-il lancé. La menace est explicite. S’il y a une rupture manifeste, la coexistence sera plus difficile. Le parti Pastef, qui dirige le gouvernement et détient la majorité au Parlement, redeviendra un parti d’opposition.
Une perspective inédite se dégage de cette guerre voir le parti majoritaire quitter ses propres ministères pour siéger sur les bancs de l’opposition face à un président issu de ses rangs.
La réunion qui a mis le feu aux poudres
Tout a basculé il y a quelques jours. Au Palais, une rencontre avec des députés Pastef devait calmer le jeu. Elle a produit l’effet inverse. Les explications du chef de l’État sur ses rapports politiques avec son Premier ministre ont laissé les pro-Sonko sur leur faim. Pire, elles ont ravivé les tensions que les deux camps s’évertuaient à dissimuler.
En s’adressant directement aux militants ce dimanche, Sonko a choisi la transparence radicale plutôt que la langue de bois. Un retour aux sources pour celui qui a construit sa carrière sur la dénonciation sans filtre. L’autre pomme de discorde porte sur l’horizon 2029. Le camp de Bassirou Diomaye Faye refuse d’aborder le sujet. Trop tôt, trop sensible. En face, les partisans de Sonko exigent une clarification, leur leader sera candidat, un point c’est tout.
Ils attendent du président qu’il sorte du bois et dise clairement où il se positionne. Jusqu’ici, Faye cultive l’ambiguïté, tenant à préserver sa coalition originelle tandis que Sonko lui demande purement et simplement de la dissoudre pour rejoindre officiellement les rangs de Pastef.
Deux ans après l’ivresse, le réveil difficile
Le duo a pourtant fait rêver l’Afrique. En mars 2024, leur alliance portait l’espoir d’un Sénégal nouveau, d’une rupture avec trente ans de pouvoir libéral. Aujourd’hui, les ambitions personnelles fissurent le mythe.
À peine deux ans après la victoire, la cohabitation tourne à la guerre froide. Entre un président qui veut incarner l’unité au-delà des clivages partisans et un Premier ministre qui revendique l’hégémonie de son mouvement, l’équation semble insoluble.
En agitant la menace d’un retour dans l’opposition, Sonko rappelle qu’il garde la main sur l’appareil militant. Pastef tient le gouvernement et l’Assemblée. Si le parti claque la porte, le président Faye se retrouverait minoritaire, contraint de composer avec d’autres forces ou de dissoudre l’Assemblée.
Le rapport de force est clair. Sonko pose ses conditions, Faye doit choisir son camp. Soit il s’aligne sur son parti, soit il assume une « cohabitation douce » aux équilibres précaires.
Pour l’instant, le chef de l’État reste silencieux. Mais les prochaines semaines diront si le Sénégal bascule dans une crise politique majeure ou si les deux hommes retrouveront la magie des débuts. La jeunesse qui a porté Pastef au pouvoir regarde, inquiète, ce couple se déchirer.
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