Au Sénégal, l’Assemblée nationale a adopté mercredi 4 mars 2026 la création du Conseil national de régulation des médias (CNRM). Ce nouvel organe, censé remplacer l’ancien régulateur de l’audiovisuel datant de 2006, élargit son champ de compétence aux médias en ligne et aux plateformes numériques. Une réforme qui suscite l’inquiétude des professionnels du secteur.
Le constat faisait consensus : le Conseil national de régulation de l’audiovisuel, créé il y a vingt ans, n’était plus adapté au paysage médiatique sénégalais, profondément transformé par l’essor du numérique. Le nouveau CNRM se veut donc plus en phase avec son temps, en intégrant dans son périmètre de régulation l’ensemble des contenus en ligne.
Mais ce sont précisément ces compétences renforcées qui cristallisent les tensions. Le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) monte au créneau. Mamadou Ibra Kane, son représentant, dénonce des prérogatives qu’il juge excessives. « Cette autorité administrative peut aujourd’hui supprimer un média et l’interdire de diffuser. Ce pouvoir-là, du point de vue de la Constitution, n’est pas compatible avec la liberté de la presse », a-t-il évoqué.
Son grief le plus vif concerne la procédure : « Pire, le président de ce nouvel organe peut lui-même prendre cette décision sans procédure de mise en demeure ». Une concentration de pouvoirs qui lui paraît dangereuse pour l’équilibre démocratique.
Le CDEPS ne rejette pas pour autant le principe d’une régulation. « Je suis pour la régulation des médias, mais dans le cadre d’un État de droit, de respect tel que le définit la Constitution du Sénégal et dans le respect de la liberté de la presse », précise Mamadou Ibra Kane.
Face à ces critiques, les autorités montent au créneau pour défendre leur réforme. Habibou Dia, directeur de la communication au ministère de la Communication et participant à la conception du nouvel organe, avance plusieurs arguments.
Il souligne d’abord la nécessité d’adapter la régulation à l’ère numérique. « Jusque-là ce n’était pas de la compétence du régulateur de demander le retrait du contenu. Mais si le Sénégal veut avancer et avoir les mêmes compétences que la Haute autorité de régulation des médias en Côte d’Ivoire qui s’occupe du numérique, il faudrait lui donner l’habilitation à pouvoir (si des contenus violent les dispositions légales et réglementaires) à demander leur retrait », a-t-il déclaré.
Il balaie ensuite les craintes d’une dérive autoritaire. « Il n’y a aucune raison que le régulateur ne devienne un monstre médiatique qui réprime. Ce n’est pas sa vocation », a-t-il déclaré. Le ministère rappelle par ailleurs la longue tradition de liberté de la presse qui caractérise le Sénégal.
Quant aux procédures d’urgence qui inquiètent tant les professionnels, elles sont présentées comme exceptionnelles et conservatoires, destinées à répondre à des situations graves nécessitant une réaction rapide.
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