mercredi 14 janvier 2026

Togo : 13 janvier 1963, le jour où le pays a basculé

Le 13 janvier 1963 reste une date douloureuse et fondatrice dans l’histoire du Togo. Ce jour-là, le premier président de la République, Sylvanus Olympio, était assassiné lors du premier coup d’État militaire que connaissait le jeune État, indépendant depuis seulement trois ans. Cet événement brutal interrompit l’expérience démocratique naissante et installa une instabilité politique durable.

Le président, élu à la tête du Parti de l’Unité Togolaise (PUT), menait une politique d’austérité et de souveraineté économique qui heurtait plusieurs fronts. Deux dossiers majeurs cristallisaient le conflit. Il s’agit d’une part de l’intégration des anciens militaires démobilisés de l’armée française, que le président refusait pour des raisons budgétaires, et d’une part, sa volonté de s’émanciper du franc CFA, perçue comme une menace par certains intérêts.

Dans la nuit du 12 au 13 janvier, un groupe de militaires dirigé par Emmanuel Bodjollé prit d’assaut la résidence présidentielle. Olympio, tentant de rejoindre l’ambassade des États-Unis, fut intercepté et tué. Selon un témoignage de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), un soldat français aurait été le tireur, sans que les commanditaires ne soient clairement identifiés.

Les conséquences furent immédiates. Un gouvernement provisoire fut formé, Nicolas Grunitzky prit la présidence, mais la stabilité resta fragile. Quatre ans plus tard, le 13 janvier 1967, un nouveau coup d’État porta au pouvoir le lieutenant-colonel Gnassingbé Eyadéma, qui instaurera un régime qui domine la vie politique togolaise pendant près de quatre décennies. Ainsi, le 13 janvier symbolise à la fois la fin de la première expérience démocratique et le point de départ du régime de stabilité politique qui suivit.

La mémoire d’Olympio reste vive et controversée, notamment sur la question du rapatriement de sa dépouille, aujourd’hui inhumée à Agoué, au Bénin. La médiatrice de la République, Awa Nana-Daboya, a évoqué cette possibilité pour favoriser la réconciliation nationale. La famille Olympio, par la voix d’Ekue Foly Gada, ancien conseiller de Gilchrist Olympio, avance des raisons culturelles et historiques pour justifier le maintien de sa sépulture à Agoué.

Au-delà du retour symbolique de la dépouille, ce débat touche à la reconnaissance historique et à la manière don’t le Togo contemporain assume ses pages les plus sombres. Soixante-trois ans après, le 13 janvier invite moins à célébrer qu’à comprendre et à se souvenir, pour construire l’unité nationale sur des bases de vérité et de réconciliation.

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