samedi 7 février 2026

Tunisie : un député jeté en prison pour ses propos critiques contre le président

La justice tunisienne a ordonné, ce vendredi 6 février 2026, la mise en détention d’un député qui avait publiquement critiqué l’action du président Kaïs Saïed sur les réseaux sociaux, après les récentes inondations et pluies torrentielles ayant touché plusieurs régions du pays.

Selon son avocat, Me Houssem Eddine Ben Attia, le procureur général du tribunal de première instance de Tunis a émis un mandat d’arrêt contre Ahmed Saïdani, placé en garde à vue depuis mercredi. Le parlementaire est poursuivi pour « atteinte à autrui via les réseaux sociaux ». Son procès doit s’ouvrir le 12 février prochain.

Le député est poursuivi en vertu de l’article 86 du code tunisien des télécommunications, qui prévoit une peine allant d’un à deux ans de prison pour « quiconque nuit intentionnellement à autrui ou trouble leur quiétude à travers les réseaux publics ».

Membre du bloc parlementaire de la « Ligne nationale souveraine », Ahmed Saïdani avait publié, le 3 février, un message sur Facebook commentant de manière ironique les déplacements du président Kaïs Saïed dans des villes durement touchées par des pluies exceptionnelles, les plus importantes depuis 70 ans.

Dans sa publication, il tournait en dérision le rôle du chef de l’État. Il écrivait notamment que celui-ci aurait étendu ses prérogatives aux routes, aux canalisations et à l’assainissement, et lui attribuait même, sur un ton ironique, le titre de « Commandant suprême de l’assainissement et de l’évacuation des eaux pluviales ». Il l’avait également qualifié de « patriote cumulant les fonctions de maire, de chef de municipalité et d’employé à l’Office de l’assainissement ».

Un symbole du durcissement politique

Peu connu du grand public, Ahmed Saïdani avait pourtant soutenu le coup de force de Kaïs Saïed à l’été 2021. Il avait approuvé la suspension du Parlement ainsi que l’arrestation et la condamnation de figures majeures de l’opposition.

Depuis juillet 2021, plusieurs ONG tunisiennes et organisations internationales alertent sur un recul des droits et des libertés en Tunisie. Elles dénoncent la concentration des pouvoirs entre les mains du président et la réduction progressive de l’espace politique.

Vendredi, le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a pris acte des poursuites judiciaires visant le député, tout en appelant au respect des garanties constitutionnelles accordées aux parlementaires. Des garanties fortement amoindries depuis l’adoption de la Constitution de 2022, qui facilite la levée de l’immunité parlementaire et renforce les pouvoirs présidentiels.

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