Guinée : le projet Urgences hospitalières veut réduire les décès évitables

À Conakry, les acteurs du système de santé veulent accélérer la transformation des services d’urgence. Réunis mardi 29 septembre 2026 pour le premier comité de pilotage du projet Urgences hospitalières, ils ont fait le point sur les premières actions menées et défini les priorités pour améliorer la prise en charge des patients.

Financé par L’Initiative et mis en œuvre par Expertise France, le projet dispose d’un budget de plus de cinq millions d’euros pour la période 2024-2027. Il couvre l’hôpital national Ignace Deen, les huit hôpitaux régionaux ainsi que l’hôpital préfectoral de Siguiri.

L’objectif est de renforcer l’organisation des urgences et la prise en charge des patients, notamment ceux atteints de paludisme ou de tuberculose et les personnes vivant avec le VIH.

Les premières années du projet ont notamment été consacrées au renforcement des compétences des équipes médicales. Selon Dr Magali Bozon, conseillère régionale en santé mondiale à l’ambassade de France, plus de 550 soignants ont été formés aux protocoles de prise en charge des urgences.

Trente missions de compagnonnage ont également été réalisées dans les établissements concernés. Par ailleurs, 199 professionnels ont reçu une formation spécifique consacrée au paludisme, à la tuberculose et au VIH.

Le projet a aussi permis d’élaborer et de valider les curricula de deux diplômes universitaires consacrés à la médecine d’urgence et aux soins infirmiers d’urgence. Les premières cohortes doivent être recrutées dans la suite du programme.

Trois services d’urgence doivent également faire l’objet de travaux de réhabilitation. « Des soignants formés et équipés, qui travaillent dans de bonnes conditions, soignent mieux, restent et sauvent des vies », a déclaré Dr Magali Bozon, en soulignant l’importance de la collaboration avec les équipes guinéennes.

Le parcours du patient au cœur des priorités

Les données de 2022 présentées lors du comité de pilotage témoignent aussi des difficultés rencontrées avant l’arrivée des patients à l’hôpital. Sur plus de 42 500 personnes admises en situation de détresse dans les dix établissements concernés, moins de 5 % avaient été orientées par un professionnel de santé. Le taux de mortalité enregistré dans ces services s’établissait alors à 1,4 %.

L’automédication, les contraintes financières et le recours successif à plusieurs solutions thérapeutiques peuvent retarder l’accès à une prise en charge adaptée. Le projet entend donc renforcer l’orientation des patients depuis les communautés vers les structures appropriées, mais aussi améliorer leur suivi après leur passage aux urgences.

Un volet de recherche opérationnelle est également prévu. Conduit avec le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (CERFIG), il doit permettre de produire des données destinées à orienter les décisions et à ajuster les interventions.

Pour le Dr Gnakoye Félémou, directeur national des établissements hospitaliers publics et privés, les urgences occupent une place déterminante dans le système de soins.

« Dans la prise en charge du patient, les urgences ne sont pas un simple maillon : elles sont la porte d’entrée de l’hôpital », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de réduire les délais de prise en charge.

Pérenniser les acquis

La question de la durabilité des actions engagées a également occupé une place importante lors de cette première réunion du comité de pilotage.

Président du comité, le secrétaire général du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, Mory Keita, souhaite que les résultats du projet soient progressivement intégrés dans les politiques publiques.

« J’attends de ce Comité qu’il consolide l’ancrage institutionnel du projet, afin que chaque acquis soit intégré dans le plan stratégique national des urgences hospitalières et porté, demain, par nos propres structures », a-t-il déclaré.

Il a également appelé à utiliser les résultats des recherches menées par le CERFIG comme outils d’aide à la décision, avec des données fiables et désagrégées par sexe.

La prochaine phase du projet devra ainsi consolider les compétences acquises, achever les travaux prévus et surtout inscrire les nouvelles pratiques dans le fonctionnement quotidien des établissements hospitaliers. L’enjeu reste de réduire les retards de prise en charge et, à terme, les décès qui peuvent être évités.

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