Longtemps associée à la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, la shigellose se transmet de plus en plus lors de certains contacts sexuels au Royaume-Uni. Une étude publiée en juillet 2026 dans The Lancet Infectious Diseases alerte également sur la progression de l’antibiorésistance, qui complique la prise en charge des infections.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé des données génétiques issues d’échantillons collectés entre 2004 et 2020 par 138 laboratoires répartis dans 15 régions sanitaires britanniques. Leurs résultats mettent en évidence une progression des infections associées à cette voie de transmission, ainsi qu’une diffusion géographique accrue de certaines souches résistantes.
Entre 2015 et 2020, les formes de shigellose associées à la transmission sexuelle ont progressé, d’une année à l’autre, 15 % plus rapidement que celles liées notamment aux voyages, aux aliments contaminés ou aux épidémies dans les crèches.
Ces données soulignent l’évolution des modes de propagation de la maladie dans les pays à revenu élevé. Kate Baker, chercheuse au département de génétique de l’Université de Cambridge et coauteure de l’étude, insiste notamment sur la nécessité de mieux informer les populations les plus exposées, dont les hommes gays et bisexuels et, plus largement, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.
La transmission reste principalement féco-orale : elle survient lorsque des particules de matières fécales contaminées atteignent la bouche. Cela peut se produire par l’intermédiaire de mains souillées, d’eau ou d’aliments contaminés, mais aussi lors de certains contacts sexuels impliquant une exposition à des matières fécales.
Diarrhées, douleurs abdominales : les symptômes à surveiller
La shigellose se manifeste généralement par une diarrhée, parfois accompagnée de sang, des douleurs abdominales, des crampes et de la fièvre. Des vomissements peuvent également survenir.
La déshydratation constitue l’une des principales complications, en particulier chez les jeunes enfants et les personnes vulnérables. Les formes sévères nécessitent une prise en charge médicale.
La bactérie Shigella est particulièrement contagieuse. En effetn une très faible quantité suffit à provoquer une infection. Outre les personnes exposées lors de contacts sexuels, les enfants de moins de cinq ans, les voyageurs et les populations vivant dans des conditions d’assainissement insuffisantes figurent parmi les groupes susceptibles d’être touchés.
L’antibiorésistance réduit les options de traitement
Au-delà de la progression des contaminations, les chercheurs alertent sur la résistance croissante de certaines souches aux antibiotiques.
À la fin de la période étudiée, plus de 70 % des souches associées à la transmission sexuelle résistaient à au moins un antibiotique jugé pertinent sur le plan clinique. Cette proportion était d’environ 40 % pour les souches non associées à ce mode de transmission.
Cette résistance complique le choix des traitements et peut réduire leur efficacité. La prise en charge doit donc tenir compte de la gravité des symptômes et, lorsque cela est nécessaire, des résultats des analyses permettant d’identifier les antibiotiques auxquels la bactérie reste sensible.
Les antibiotiques ne sont pas systématiquement indiqués. Leur prescription relève d’une évaluation médicale, notamment en raison du risque de favoriser davantage l’antibiorésistance en cas d’utilisation inappropriée.
Face à cette évolution, les chercheurs préconisent de renforcer la surveillance épidémiologique, le dépistage et les actions de sensibilisation, tout en encourageant un usage raisonné des antibiotiques.
Prévention : les gestes à adopter
Le lavage régulier et soigneux des mains, l’accès à une eau potable et le respect des règles d’hygiène alimentaire demeurent essentiels pour limiter les contaminations. La prévention doit également tenir compte des risques liés à certains contacts sexuels.
En cas de diarrhée, notamment lorsqu’elle s’accompagne de sang, il est recommandé de consulter rapidement un professionnel de santé et d’éviter les rapports sexuels pendant la maladie. Après la disparition des symptômes, des précautions restent nécessaires, car la bactérie peut continuer à être éliminée dans les selles. La reprise des activités sexuelles doit tenir compte des recommandations sanitaires.
Informer le professionnel de santé d’éventuels contacts sexuels pertinents peut également faciliter le diagnostic et orienter les examens.
Les conclusions de l’étude mettent ainsi en évidence un double défi pour les autorités sanitaires britanniques, celui de freiner la transmission de la shigellose et de limiter la propagation de souches résistantes aux antibiotiques.
