Santé en Afrique : ces accords américains qui fâchent

Une nouvelle génération d’accords bilatéraux de santé entre les États-Unis et plusieurs pays africains suscite une vive controverse. Alors que certains États ont signé ces partenariats, d’autres, comme la Zambie et le Zimbabwe, ont opposé une fin de non-recevoir aux termes proposés. Retour sur les raisons de ces refus et les enjeux qu’ils soulèvent.

Dans le cadre de sa stratégie « America First » et du démantèlement partiel de l’USAID, l’administration Trump a entrepris de restructurer son aide sanitaire internationale. Les financements traditionnels, souvent multilatéraux, ont cédé la place à des accords bilatéraux directs avec les gouvernements.

Ce nouveau modèle a suscité l’adhésion de plusieurs pays. La République démocratique du Congo a notamment conclu un partenariat estimé à 1,2 milliard de dollars sur cinq ans, portant sur la lutte contre le VIH/Sida, paludisme, tuberculose et santé maternelle. L’Ouganda a également adhéré avec un accord de 1,7 milliard de dollars. Selon des sources concordantes, au moins 16 à 17 pays africains auraient signé de tels accords.

Pourtant, ce succès en apparence est contrebalancé par des refus retentissants et des oppositions grandissantes. Le Kenya, premier pays signataire, a vu son accord suspendu par une procédure judiciaire initiée par des organisations de la société civile. Mais ce sont les décisions de la Zambie et du Zimbabwe qui ont cristallisé l’attention.

La Zambie et le Zimbabwe sur la même ligne

Le Zimbabwe a été le premier à faire marche arrière. En février 2026, le gouvernement a annoncé la suspension des négociations concernant un accord de 367 millions de dollars. Le président Emmerson Mnangagwa a lui-même ordonné l’arrêt des discussions. Il a qualifié le projet de mémorandum d’entente de « manifestement déséquilibré » et susceptible de compromettre « la souveraineté et l’indépendance du Zimbabwe ». Le ministre de l’Information, Zhemu Soda, a expliqué que l’accord n’offrait pas de bénéfices mutuels équitables et soulevait des préoccupations majeures concernant l’utilisation des données et des échantillons biologiques.

Quelques jours plus tard, la Zambie a emboîté le pas en rejetant un accord de plus d’un milliard de dollars. Un porte-parole du ministère de la Santé a déclaré que les conditions proposées « ne correspondent pas à la position et aux intérêts de la Zambie ». Initialement prévue pour novembre 2025, la signature avait déjà été reportée en raison de clauses problématiques.

Quatre motifs de refus majeurs

L’analyse des termes de ces accords, à travers les déclarations officielles et les fuites de documents, permet d’identifier les principales pierres d’achoppement.

1. L’accès aux données sensibles et aux échantillons biologiques

La condition la plus controversée est sans doute la demande d’un accès élargi et à long terme aux données sanitaires et aux échantillons pathogènes des pays signataires. Le Zimbabwe a été explicite. L’accord exigeait le partage de « données de santé sensibles, y compris des échantillons de pathogènes ». Le gouvernement a estimé cette exigence intrusive et disproportionnée.

2. L’absence de garantie de retour sur investissement scientifique

Ce partage de ressources biologiques a été jugé d’autant plus inacceptable qu’il n’était accompagné d’aucune garantie d’accès aux innovations futures. Le Zimbabwe a résumé ce sentiment avec force : la nation était invitée à fournir « les matières premières pour la découverte scientifique sans aucune assurance que les produits finis (vaccins, diagnostics ou traitements) soient accessibles à notre peuple en cas de crise sanitaire future ».

3. Des liens explicites avec l’exploitation des ressources minières

Autre source de tension majeure concerne la liaison entre l’aide sanitaire et l’accès aux ressources naturelles. En Zambie, deuxième producteur africain de cuivre, l’accord de santé a été associé à un autre accord-cadre de « collaboration dans le secteur minier ». Si le ministère zambien de la Santé a minimisé ce lien, des sources concordantes confirment que le gel des négociations est lié à des clauses controversées, dont certaines touchent au secteur minier.

4. La préférence pour le multilatéralisme

Enfin, ces accords bilatéraux ont été perçus comme un contournement des cadres multilatéraux établis, notamment ceux de l’OMS, d’autant plus après le retrait des États-Unis de cette organisation. Pour Harare, signer un tel accord aurait équivalu à « cautionner le départ de Washington du système de santé mondial ».

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