Tout le monde pète. Mais combien et à quel moment reste une question jusqu’ici insoluble. Pourtant, la réponse est importante pour mieux comprendre nos microbiotes. Une équipe américaine a conçu un dispositif pour mesurer précisément le volume de nos gaz.
Si l’identité des espèces bactériennes qui peuplent nos microbiotes est de mieux en mieux connue, elle n’offre qu’un instantané des populations en présence et ne dit rien de leurs comportements et activités en temps réel. Le microbiote humain est un organe vivant et complexe, en évolution permanente, qui ne cesse jamais de fonctionner et de produire des métabolites, de jour comme de nuit.
Or, très peu d’informations sont disponibles sur cette production en temps réel et sur la façon dont notre alimentation influe sur nos bactéries. L’un des moyens d’en savoir plus serait de mesurer le volume de flatulences émises. Mais il était jusqu’à présent impossible de documenter de manière objective et précise une telle production journalière.
Un « slip intelligent » pour mesurer les flatulences
Des chercheurs de l’Université du Maryland (États-Unis) ont conçu un « slip intelligent » (« smart underwear »), un petit dispositif qui se clipse sur les sous-vêtements et mesure en continu les quantités d’hydrogène rejetées par la production bactérienne des intestins.
Dix-neuf adultes en bonne santé ont expérimenté ce procédé durant une moyenne de six jours. Les premiers résultats, publiés dans la revue Biosensors and Bioelectronics: X, ont montré que l’être humain flatule beaucoup plus que de précédentes études ne l’avaient indiqué.
Les précédentes estimations, basées sur des techniques plus invasives menées sur un petit nombre de sujets et pour un temps limité, ou sur des questionnaires reposant sur les témoignages des participants, aboutissaient à une quinzaine de pets par jour. Or, deux personnes peuvent émettre la même quantité de gaz et la vivre différemment selon leur sensibilité viscérale. En clair, on peut péter sans forcément s’en apercevoir. De plus, ces études excluaient les flatulences nocturnes et l’influence des rythmes circadiens.
Le « slip intelligent » des chercheurs a mesuré en moyenne 32 flatulences par jour, soit plus du double des estimations précédentes. Le nombre varie considérablement selon les individus, de 4 par jour jusqu’à un maximum de 59, soit quatorze fois plus, ce qui démontre l’extrême hétérogénéité du processus.
Cette étude ouvre la voie à une meilleure compréhension de l’activité en temps réel de notre microbiote et de son influence sur notre santé digestive.
