jeudi 15 janvier 2026

Chantage, violences et abus : une congrégation de sœurs catholiques ébranlée

Publié ce mercredi 14 janvier 2026, un rapport accablant jette une lumière crue sur quarante années de graves dérives au sein de la congrégation catholique des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre (BSCM).

Le document révèle l’existence d’un système d’« emprise » comparable à une dérive sectaire. Il fait état de pratiques de chantage, de violences physiques, mais aussi d’abus financiers et psychologiques, qui auraient durablement affecté plusieurs membres de la congrégation.

Mandatée en 2024 par la congrégation elle-même, la commission d’enquête dresse, sur 142 pages, le portrait d’un fonctionnement dominé par l’ancienne supérieure, mère Marie-Agnès, dont l’« autorité excessive et inappropriée » aurait entraîné une « dérive manifeste dans tous les domaines ». Les religieuses avaient déjà reconnu en 2023 l’existence d’un système d’emprise aux conséquences « graves et durables ».

Après avoir auditionné 86 sœurs encore membres et 28 anciennes, la commission recense 1 489 faits commis entre 1969 et 2012. Les abus documentés vont de l’autoritarisme extrême au culte de la personnalité, en passant par la maltraitance physique, psychologique et l’emprise financière.

Recrutées très jeunes et progressivement coupées de leurs familles, les sœurs vivaient sous surveillance permanente : parloirs écoutés, courrier contrôlé, incitation à la délation et chantage généralisé. Le rapport évoque un climat « clairement marqué par une dérive sectaire », entretenu par une suractivité imposée afin d’empêcher toute prise de recul, et même par une soumission médicamenteuse pour les plus résistantes.

La mère supérieure, décédée en 2016, agissait avec l’appui de deux proches collaboratrices. Ensemble, elles exploitaient les fragilités des religieuses par le harcèlement et la manipulation. La commission parle d’une « structure de type pervers narcissique ». Si aucun fait de violences sexuelles n’est relevé, des pratiques de maltraitance alimentaire sont décrites, allant jusqu’à des repas forcés et des gavages.

Sur le plan financier, dès leur entrée, la congrégation s’appropriait les biens des sœurs : elle vidait leurs comptes et récupérait leurs héritages, au profit d’une direction qui menait un train de vie jugé fastueux, avec des séjours sur la Côte d’Azur et des investissements immobiliers.

La commission formule 58 recommandations, dont des mesures de réparation financière et une reconnaissance officielle des faits par l’Église. Elle pointe également la responsabilité du diocèse de Paris et estime qu’il « n’a pas exercé pleinement son rôle de vigilance ».

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