Le rappeur marseillais Naps, de son vrai nom Nabil Boukhobza, comparaît à partir de ce lundi devant la cour criminelle départementale de Paris. Il est accusé d’avoir violé une jeune femme de 20 ans dans une chambre d’hôtel en octobre 2021, des faits qu’il conteste fermement. Ce procès s’ouvre alors que l’artiste de 40 ans, connu pour son tube “La Kiffance”, est également mis en examen depuis juillet 2024 dans le Var pour viols et agressions sexuelles sur trois autres jeunes femmes.
Une nuit en boîte qui bascule
Tout commence dans la nuit du 16 au 17 octobre 2021. Emma (prénom modifié), 20 ans, serveuse en arrêt maladie, se rend avec deux amies au club “The Key”, dans le IXe arrondissement de Paris. Invitées par un promoteur, elles accèdent gratuitement à l’établissement. Sur place, elles sont conviées à la table de Naps, accompagné de son cousin, de son garde du corps, d’un journaliste sportif et d’un ami. Les jeunes femmes assurent rencontrer le rappeur pour la première fois.
Vers 4h30 du matin, Nabil Boukhobza propose de prolonger la nuit dans son hôtel, près de la gare de Lyon. Dans la chambre, le groupe consomme de l’alcool, du cannabis et du protoxyde d’azote. Progressivement, les amis du rappeur quittent les lieux. L’artiste se retrouve seul avec les trois jeunes femmes, qui ont dû laisser leurs téléphones à l’entrée de la chambre.
Un récit qui se brise sur le consentement
Épuisés, tous s’allongent dans le même lit, sans se déshabiller. C’est à ce moment que les versions divergent.
Emma décrit un état de semi-conscience, “entre le réveil et le sommeil”. Elle raconte avoir senti quelqu’un baisser ses sous-vêtements, puis avoir été réveillée par “la douleur d’une pénétration vaginale”. Elle affirme avoir tenté de repousser le rappeur avant de sombrer à nouveau.
Au petit matin, vers 10 heures, les trois amies quittent l’hôtel. Emma, muette, est encouragée par l’une d’elles à porter plainte. Les examens médicaux relèveront une lésion au niveau de l’hymen et des traces d’ADN du rappeur sur ses vêtements.
De son côté, Naps assure aux enquêteurs que la relation était consentie, affirmant que la jeune femme avait émis “des gémissements de plaisir”.
La justice privilégie l’absence de consentement
L’instruction a toutefois estimé que la plaignante “était susceptible de ne pas être en état d’exprimer un consentement libre et éclairé”. Les juges se sont appuyés sur “les témoignages constants des deux témoins” attestant que la jeune femme dormait au moment des faits.
À l’approche du procès, les positions restent tranchées. Me Nabil Boudi, avocat de Naps, annonce que son client se présentera “en toute sérénité” avec l’intention de “prouver son innocence”. “Nous réservons nos commentaires et déclarations à la cour”, a-t-il ajouté.
Me Jean-Baptiste Boué-Diacquenod, conseil d’Emma, assure que sa cliente est “prête à soutenir devant la juridiction les faits de viol qu’elle a dénoncés, avec la même détermination que celle dont elle fait preuve depuis le dépôt de sa plainte”.
Un artiste au sommet, rattrapé par la justice
Figure prolifique du rap francophone, Naps collabore régulièrement avec les plus grands noms du genre (Ninho, Gims, JuL ou Damso). En juin 2024, il sort son dixième album, “Mec de cité simple”. Mi-janvier, sur Instagram, il réagissait à sa première place au classement des rappeurs aux singles les plus écoutés depuis 2020 par un message provocateur : “Les hommes mentent, pas les chiffres !! Gamberge”.
En novembre 2024, alors qu’il était déjà mis en examen dans le Var, le rappeur avait publié un communiqué désormais supprimé dans lequel il se disait “tarpin serein” (très serein), niant “l’ensemble des accusations” et rappelle son droit à la présomption d’innocence.
Le procès, qui s’annonce sous haute tension, devra déterminer si, derrière le succès et les chiffres, se cache une autre vérité.
