Gabon : Oligui Nguema veut s’appuyer sur le Ndjobi pour lutter contre la corruption

Au Gabon, une déclaration du président Brice Clotaire Oligui Nguema alimente le débat sur la place des traditions dans la gouvernance. Lors d’un déplacement dans le Haut-Ogooué, le chef de l’État a évoqué son intention de revenir avec son gouvernement pour l’initier au Ndjobi, une institution traditionnelle et initiatique profondément ancrée dans certaines communautés gabonaises.

La séquence, largement relayée sur les réseaux sociaux, a rapidement donné lieu à une interprétation plus large. Certains internautes et médias y voient une volonté du président de renforcer la probité des responsables publics en associant le pouvoir républicain à un rite réputé pour la rigueur de ses règles et la force symbolique de la parole donnée.

Mais une précision s’impose. Aucune décision officielle ne confirme, à ce stade, que les ministres gabonais devront désormais prêter serment sur le Ndjobi. Les sources officielles disponibles indiquent que la prestation de serment gouvernementale demeure régie par le cadre constitutionnel. En mai 2025, les membres du gouvernement avaient ainsi juré de respecter la Constitution et l’État de droit, de remplir consciencieusement leurs fonctions et de rester loyaux à l’égard du chef de l’État.

Quand la tradition s’invite dans le débat sur la corruption

La référence au Ndjobi prend tout son sens alors que la lutte contre la corruption demeure un défi majeur pour les autorités gabonaises. Depuis son arrivée au pouvoir, Oligui Nguema a régulièrement affiché sa volonté de combattre le laxisme, la corruption et les mauvaises pratiques dans l’administration.

Le Ndjobi, de son côté, est présenté comme une institution traditionnelle fondée notamment sur des règles de conduite, la responsabilité et la régulation des comportements au sein de la communauté. Sa dimension initiatique nourrit l’idée, chez certains observateurs, d’un possible complément symbolique aux mécanismes institutionnels de contrôle.

Cette lecture n’est toutefois pas celle d’un dispositif juridique établi. La vidéo à l’origine de la polémique ne permet pas, à elle seule, de conclure à la création d’un nouveau serment ministériel ou à l’instauration d’une procédure obligatoire. Plusieurs médias et publications de fact-checking ont d’ailleurs appelé à ne pas confondre l’évocation d’une initiation au Ndjobi avec une modification du serment constitutionnel.

Une question sur les traditions africaines

Au-delà du Gabon, cette polémique pose une question plus profonde. Les mécanismes traditionnels peuvent-ils contribuer à renforcer l’éthique dans la gestion publique ?

Dans plusieurs sociétés africaines, la parole donnée, la responsabilité devant la communauté et les sanctions coutumières ont longtemps constitué des instruments de régulation sociale. Leur éventuelle articulation avec les institutions modernes soulève cependant d’importantes questions juridiques et constitutionnelles.

Au Gabon, le débat ne porte donc pas encore sur un remplacement du serment républicain par le Ndjobi. Il s’agit plutôt de savoir quelle place les références traditionnelles peuvent occuper dans un État moderne et jusqu’où elles peuvent accompagner les mécanismes de prévention et de lutte contre la corruption.

Pour l’heure, le cadre officiel reste celui de la Constitution. Quant au Ndjobi, son éventuelle place dans la gouvernance demeure une question ouverte, alimentée par une déclaration présidentielle dont la portée exacte reste à préciser.

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