samedi 14 février 2026

Tiken Jah Fakoly : voici pourquoi l’artiste refuse d’être le griot de l’AES

Voix historique des luttes sociales en Afrique de l’Ouest, Tiken Jah Fakoly a clarifié sa position vis-à-vis de l’Alliance des États du Sahel (AES), dans une série de propos relayés par Euloge Kuyo First. L’artiste ivoirien explique désormais pourquoi il a cessé d’encourager ouvertement cette alliance politique et militaire formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Longtemps perçu comme un soutien moral aux régimes issus des coups d’État sahéliens, Tiken Jah Fakoly reconnaît avoir cru, au départ, à un projet de transition démocratique. « J’ai encouragé, j’ai même soutenu », rappelle-t-il tout en évoquant sa rencontre avec Ibrahim Traoré et ses vidéos de soutien aux nouvelles autorités.

Son espoir reposait sur un scénario précis à savoir : des transitions courtes, suivies d’élections libres qui vont permettre aux peuples maliens, burkinabè et nigériens de choisir leurs dirigeants en toute légitimité.

Mais selon l’artiste, ce cap a été abandonné. Il dénonce désormais des processus politiques qu’il juge fermés et non démocratiques. « Quand on réunit 300 ou 400 personnes dans une salle pour décider que les présidents doivent continuer à gouverner indéfiniment, je ne pouvais plus rester silencieux », affirme-t-il. Une critique directe contre la prolongation des régimes militaires incarnés notamment par Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani.

Tiken Jah Fakoly met également en avant la polarisation croissante des sociétés sahéliennes. « Le Mali est divisé », explique-t-il. A l’en croire, la logique dans ces pays (AES) est binaire où le soutien aux militaires devient un critère de patriotisme, et toute critique une trahison. Un schéma qu’il observe aussi bien au Burkina Faso qu’au Niger. Pour lui, cette dynamique alimente l’exclusion, la stigmatisation et l’intimidation politique.

L’artiste rejette fermement l’idée d’un alignement aveugle sur les pouvoirs en place. « Certains pensaient que j’allais devenir le griot de l’AES. Mais moi, je suis Tiken Jah Fakoly. Je fais du reggae. Mon rôle, c’est d’être impartial et de dire ce que je pense. Je suis la voix des sans voix », confie-t-il. Il assume une posture de liberté de parole, fidèle à l’ADN contestataire de sa musique.

Ses prises de position lui ont valu critiques, attaques et accusations, notamment d’être instrumentalisé par la France. Une réaction qu’il dit avoir mal vécue, tout en la considérant révélatrice d’un climat où la liberté d’expression se rétrécit. « Quand j’ai dit que la liberté d’expression avait été avalée par la révolution, j’ai été surpris par la violence des réactions », a-t-il déclaré.

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