Il faut cesser de feindre l’étonnement. Derrière les coups de menton, les menaces spectaculaires et les postures martiales de Donald Trump, une constante s’impose. La géopolitique des ressources domine. Le reste, discours sur la démocratie, lutte contre les dictatures et défense des droits humains, représente souvent l’emballage moral d’une réalité plus brute, celle de la loi de la force au service des premières matières stratégiques.
Le Venezuela en est aujourd’hui l’exemple le plus éclatant. Nicolás Maduro n’est pas seulement un dirigeant autoritaire contesté. Il est surtout assis sur les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde. Plus que l’Iran, plus que l’Arabie saoudite. Dans un contexte de recomposition énergétique mondiale, de tensions sur les approvisionnements et de rivalités avec la Chine et la Russie, ce pétrole devient un enjeu vital. La rhétorique de « capture » de Maduro, les primes mises sur sa tête, les sanctions asphyxiantes et les menaces d’intervention ne relèvent pas de l’obsession personnelle : elles s’inscrivent dans une logique froide de contrôle indirect ou direct des flux énergétiques.
Cette logique n’est ni nouvelle, ni isolée. Elle traverse toute la diplomatie dite « active » de l’ère Trump et au-delà.
Souvenons-nous. Lorsque plusieurs présidents africains furent invités à la Maison-Blanche, ce n’était ni pour célébrer une vision panafricaine, ni pour débattre de gouvernance vertueuse. C’était pour leurs mines. Lithium, cobalt, uranium, terres rares, or : l’Afrique est le coffre-fort stratégique du XXIᵉ siècle. Dans un monde obsédé par la transition énergétique, les batteries, l’armement de pointe et l’intelligence artificielle, ces ressources valent plus que des discours. Trump l’a dit sans détour à l’époque : les États-Unis veulent sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Traduction diplomatique : mettre la main sur les sous-sols.
La même grille de lecture s’impose dans la région des Grands Lacs. La diplomatie américaine aux côtés du Rwanda et du Congo n’est pas guidée par un romantisme de la paix régionale. Elle est dictée par le cobalt congolais, indispensable aux industries occidentales, et par la nécessité d’empêcher Pékin de verrouiller définitivement l’accès à ces ressources. Derrière les appels à la stabilité se joue une bataille silencieuse pour le contrôle des minerais critiques, avec des alliés régionaux transformés en pivots stratégiques.
Trump, là encore, ne fait qu’assumer ce que d’autres enveloppaient de formules prudentes. Sa vision du monde est simple, presque archaïque :
- qui contrôle les ressources contrôle la puissance,
- qui résiste devient un obstacle,
- qui détient le sous-sol devient une cible potentielle.
Dans cette lecture, le droit international est secondaire, les institutions multilatérales encombrantes, et la souveraineté négociable. Un dirigeant n’est plus un interlocuteur mais un verrou à faire sauter s’il entrave l’accès aux richesses stratégiques.
Le danger est immense. Car en normalisant cette diplomatie de prédation assumée, Trump contribue à installer un monde où les États ne sont plus jugés sur leurs actes, mais sur la valeur de leur sous-sol. Un monde où la paix dépend moins du respect des règles que de la capacité à protéger ses mines, ses champs pétrolifères ou ses corridors énergétiques.
Maduro, les présidents africains, le Congo, le Rwanda : ce sont les chapitres d’un même livre. Celui d’un ordre international en mutation, où la loi de la force se nourrit du pétrole, des minerais et des terres rares.
La véritable question n’est donc pas de savoir si Donald Trump exagère. La vraie question est celle-ci : combien de pays riches en ressources peuvent encore croire que leur souveraineté les protège, lorsque leur sous-sol excite les appétits des puissants ?
Dans le monde qui vient, la carte géologique pèsera parfois plus lourd que la Constitution. Et c’est là, sans doute, la plus inquiétante des réalités.
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