dimanche 25 janvier 2026

Le Cameroun va emprunter 1 650 milliards de francs CFA pour financer une partie de son budget 2026

Le Cameroun s’apprête à recourir à un nouvel emprunt d’envergure pour soutenir l’exécution de son budget 2026. Le président Paul Biya a autorisé le ministre des Finances à mobiliser 1 650 milliards de francs CFA sur les marchés financiers, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. L’information figure dans un décret présidentiel rendu public cette semaine et a rapidement suscité de nombreuses réactions dans l’opinion.

Selon les autorités camerounaises, cette décision s’inscrit dans la continuité de la loi de finances votée par le Parlement. Au ministère des Finances, un cadre assure qu’il s’agit d’une mise en œuvre « efficace et conforme » aux autorisations budgétaires accordées par la représentation nationale. L’objectif affiché reste le financement des projets de développement, mais aussi le règlement d’importants engagements financiers de l’État.

L’année 2025 a en effet fortement éprouvé l’économie camerounaise. La crise post-électorale a perturbé l’activité dans plusieurs secteurs, entraînant une baisse des recettes fiscales et une augmentation notable des dépenses liées à la sécurité. Dans ce contexte, le gouvernement entend apurer les arriérés dus aux entreprises afin de relancer l’investissement et la croissance.

Parmi les priorités figure également la renationalisation d’Eneo, principal opérateur du secteur de l’électricité. L’État doit verser 78 milliards de francs CFA au fonds d’investissement britannique Actis pour finaliser cette opération stratégique, présentée comme un levier de souveraineté énergétique.

Officiellement, les autorités se veulent rassurantes. Le taux d’endettement du Cameroun, estimé à environ 42 % du produit intérieur brut, reste inférieur aux seuils fixés par le Fonds monétaire international ainsi qu’aux critères communautaires de la CEMAC. Le gouvernement écarte donc tout risque immédiat de surendettement.

Cependant, plusieurs économistes expriment des inquiétudes. Ils estiment que la structure actuelle du budget révèle une dépendance croissante à l’endettement, sans vision suffisamment claire à moyen et long terme. Pour Eugène Nyambal, ancien représentant des pays africains au conseil d’administration du FMI et ex-responsible à la Banque mondiale, près de 35 % du budget repose désormais sur la dette, un niveau jugé préoccupant.

Selon lui, l’économie camerounaise fonctionne encore sous perfusion, avec une gestion davantage orientée vers l’urgence que vers la transformation structurelle. Il regrette l’absence d’un document de politique générale détaillant les projets prioritaires, leur calendrier et leur capacité à générer des revenus futurs. Sans cette visibilité, le risque demeure que les ressources empruntées servent principalement à couvrir des dépenses courantes.

L’ancien responsable alerte également sur le coût élevé des eurobonds, qui pourraient contraindre l’État, à terme, à des arbitrages douloureux. Il évoque notamment le risque de réductions dans les budgets de la santé ou de l’éducation afin d’assurer le remboursement de la dette.

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