jeudi 29 janvier 2026

Niger : Après l’attaque de l’aéroport de Niamey, la junte militaire face à ses contradictions

L’attaque nocturne du 28 au 29 janvier contre l’aéroport international de Niamey révèle l’ampleur de la crise sécuritaire, économique et politique que traverse le Niger depuis le coup d’État de juillet 2023. Décryptage d’un incident qui met à nu les fragilités d’un régime militaire contesté.

Une nuit d’angoisse dans la capitale nigérienne

Pendant plusieurs heures dans la nuit du 28 au 29 janvier, des tirs nourris et des explosions ont retenti autour de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey. Des témoins rapportent avoir observé des traînées lumineuses dans le ciel nocturne, suggérant l’utilisation de défense anti-aérienne. Le trafic aérien a été temporairement interrompu, tandis que des passagers se réfugiaient dans la confusion.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent une agitation inhabituelle autour de cette infrastructure stratégique qui cumule plusieurs fonctions : principal hub aérien civil du pays, présence militaire avec les forces de l’Alliance des États du Sahel (AES), et zones de stockage sensibles.

L’hypothèse d’une attaque par drones circule avec insistance parmi les observateurs. Une tactique qui s’inscrirait dans la continuité des évolutions observées au Sahel, où les groupes armés ont progressivement intégré ces technologies à leur arsenal offensif.

Des signaux d’alerte ignorés ?

Ce qui interpelle particulièrement, c’est que cet incident ne semble pas avoir surgi sans avertissement. Dans les jours précédant l’attaque, des rumeurs persistantes circulaient sur les réseaux sociaux nigériens et dans certains médias locaux, évoquant une menace terroriste imminente visant des infrastructures stratégiques de la capitale, notamment l’aéroport.

Ces alertes informelles s’inscrivent dans un contexte sécuritaire préoccupant. Le pays a connu une recrudescence des attaques terroristes ces derniers mois, particulièrement dans l’ouest et le sud-est. Le 18 janvier dernier, 31 civils ont été exécutés dans le village de Bosiye, rappelant la persistance de la menace djihadiste.

À ces signaux sécuritaires s’ajoutent des informations faisant état de tensions internes au sein même de l’appareil militaire. Depuis la prise de pouvoir par la junte en juillet 2023, plusieurs sources évoquent des divisions au sommet : désaccords sur l’orientation diplomatique, rivalités personnelles, concentration du pouvoir autour du général Abdourahamane Tiani.

Ces dissensions ne relèveraient pas uniquement de la rumeur. En mai 2025, une mutinerie a éclaté à Termit. En juin, un commandant a été passé à tabac à Filingué, et le lendemain, des soldats ont refusé de partir au front à Téra, invoquant un manque de munitions.

Le contentieux de l’uranium alimente les théories

Dans les heures suivant l’attaque, de nombreux internautes nigériens ont rapidement suggéré l’implication d’acteurs extérieurs, notamment la France. Cette accusation s’appuie sur la présence controversée d’un important stock d’uranium à l’aéroport de Niamey.

Environ 1000 tonnes de cette ressource stratégique seraient entreposées sur le site depuis décembre 2025, après avoir été déplacées depuis Arlit, dans le nord du pays. Ce stock est au cœur d’un différend opposant l’État nigérien et l’entreprise française Orano, suite à la dénonciation unilatérale d’un contrat d’exploitation par les autorités de Niamey.

Moscou a rapidement manifesté son intérêt pour acquérir cet uranium à prix réduit, dans le cadre du rapprochement diplomatique entre le Niger et la Russie. Ce contexte alimente un réflexe accusatoire qui permet de détourner l’attention des difficultés internes et de mobiliser l’opinion autour d’un discours souverainiste.

Un bilan sécuritaire désastreux

Pourtant, la réalité à laquelle est confronté le Niger relève davantage de ses fragilités internes que de complots extérieurs. Sur le plan sécuritaire, le bilan de la junte militaire, qui s’était justement installée au pouvoir au nom de la restauration de l’ordre, est accablant.

Les pertes militaires s’accumulent : 58 soldats tués à Eknewane en mai 2025, 40 autres tombés à Falmey quelques jours plus tard. Les armes se perdent, les véhicules sont capturés ou détruits. Les groupes armés profitent de frontières poreuses, de la fragilisation des dispositifs régionaux de coopération et de la concentration des forces autour de la protection du régime.

Plus préoccupant encore, des signes de rupture apparaissent au sein même de l’armée : mutineries, refus de combattre, incidents disciplinaires graves. Ces événements témoignent d’une fatigue morale dans les rangs et d’une perte de confiance envers la hiérarchie militaire.

Une économie en chute libre

L’effondrement n’est pas que sécuritaire. Sur le plan économique, les chiffres sont alarmants. Quarante-cinq pour cent de la population vit dans l’extrême pauvreté. Plus de 2 millions de Nigériens sont en situation d’insécurité alimentaire. Certains salaires et pensions ne sont plus versés, alimentant une colère croissante, notamment dans les rangs syndicaux.

La dette s’accumule : 519 millions de dollars impayés. L’inflation atteint 9,1%. Plus d’un prêt bancaire sur quatre est désormais classé non performant. La SONIDEP, compagnie pétrolière nationale, peine à régler ses fournisseurs. Des tensions émergent même avec la Chine autour de la raffinerie de Zinder.

Le pipeline Niger-Bénin, censé générer 500 millions de dollars de revenus annuels, est paralysé par la fermeture des frontières et les tensions diplomatiques avec Cotonou. Les investisseurs étrangers observent cette instabilité avec inquiétude.

Une crise humanitaire silencieuse

Sur le plan humanitaire, la situation est tout aussi préoccupante. Plus de 500 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays. Près de 1000 écoles sont fermées, dont 93% dans la seule région de Tillabéri.

Le retrait de nombreuses ONG internationales, parfois chassées par les autorités, a fragilisé l’accès aux soins, à l’eau potable et à l’alimentation pour des millions de Nigériens. Cette crise humanitaire massive se déroule dans une relative discrétion médiatique internationale.

Quelles perspectives pour le Niger ?

L’attaque de l’aéroport de Niamey ne peut être analysée comme un incident isolé. Elle constitue un révélateur des multiples crises qui traversent le pays : gouvernance opaque, tensions internes, insécurité persistante malgré les promesses militaires, et effondrement économique.

Pour les observateurs régionaux, plusieurs priorités s’imposent si le Niger veut éviter une spirale d’instabilité durable :

La transparence d’abord. Le silence officiel et l’absence de communication claire sur les événements sécuritaires alimentent rumeurs et défiance. Les autorités nigériennes doivent informer leur population de manière factuelle et régulière.

La sécurisation des infrastructures stratégiques. L’évolution des menaces, notamment l’usage de drones par les groupes armés, exige une adaptation rapide des dispositifs de protection.

La clarification juridique. La gestion des ressources stratégiques comme l’uranium doit s’inscrire dans un cadre juridique stable et respectueux des engagements internationaux. Les ruptures unilatérales de contrats créent une insécurité juridique préjudiciable.

Le dialogue politique. Un dialogue élargi associant la société civile, les acteurs régionaux et les partenaires africains pourrait permettre de répondre aux attentes légitimes de la population nigérienne.

Un tournant décisif

Le Niger se trouve à un moment charnière de son histoire. La tentation de désigner systématiquement des responsables extérieurs ne saurait masquer durablement les défis internes que doit affronter le pays.

Les ressources existent. Les compétences aussi. Mais pour transformer ces atouts en stabilité durable, une rupture avec l’opacité actuelle et une gestion plus inclusive s’imposent.

L’attaque de l’aéroport de Niamey est un signal d’alarme de plus. La question n’est plus de savoir si le Niger doit changer de cap, mais combien de temps il lui reste pour le faire avant que la situation ne devienne irréversible.

Pour le peuple nigérien, l’heure des choix approche.

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