lundi 9 février 2026

Tiani : le mensonge comme stratégie, l’échec comme horizon

Il arrive un moment où l’on ne peut plus se contenter de faux-semblants. Les déclarations du général Tiani ne relèvent plus de l’erreur d’analyse : elles s’inscrivent dans une stratégie de diversion systématique, où l’approximation tient lieu de politique et où le mensonge devient un outil de gouvernement.

Commençons par rétablir un fait simple, mais manifestement insupportable pour la propagande officielle : c’est le Niger qui a fermé ses frontières unilatéralement. Pas le Bénin. Pas la Côte d’Ivoire. Le Niger. Dès lors, accuser un pays situé à près de 3 000 kilomètres relève soit de l’ignorance crasse, soit de la mauvaise foi assumée. Pourquoi ne pas accuser le Mali ? Pourquoi ne pas accuser le Burkina Faso, pourtant directement concernés par la dynamique sécuritaire de la zone ? La réponse est évidente : parce que cela obligerait à regarder la réalité en face. Même les attaques subies par le Bénin proviennent de groupes ayant leur origine dans la zone des trois frontières, côté Niger ou côté Burkina Faso. Accuser plus loin, c’est simplement refuser d’assumer plus près.

À ce stade, il faut appeler un chat un chat : si des hommes armés circulent, ce n’est pas par magie. C’est soit par faillite du contrôle, soit par complaisance, soit par corruption. Dans tous les cas, c’est un échec du côté nigérien. Le reste n’est que rhétorique creuse.

Et que dire de l’indignation souverainiste à géométrie variable ? La base aérienne 101, attaquée, abritait un détachement de l’AES. Le général Tiani remercie publiquement la Russie pour son soutien. Très bien. Mais où est donc passée la grande croisade contre la présence étrangère ? Le Niger accueille depuis des années un détachement d’environ 350 militaires italiens, sans que personne ne crie à la trahison nationale et il y en a peut-être d’autres. Cette présence n’a jamais posé problème. La souveraineté, apparemment, ne devient sacrée que lorsqu’il s’agit de désigner un ennemi idéologique commode. Quand c’est la Russie, l’Italie ou d’autres, tout va bien. Quand ce n’est pas dans la ligne du récit officiel, on hurle à l’atteinte intolérable. Ce n’est pas une politique. C’est une imposture intellectuelle.

Dans le même registre de la manipulation, rappelons un fait que certains s’acharnent à déformer : lorsque le Bénin a été attaqué, il a eu recours au Nigeria via un mécanisme de la CEDEAO. Là encore, la réalité est tordue pour nourrir un récit simpliste, destiné non pas à informer, mais à exciter les foules et à fabriquer des ennemis imaginaires.

Ce récit, justement, a été servi « à la rue », à coups de vidéos de carrefour et de slogans prémâchés. Mais pendant que l’on amuse la galerie, le pays s’enfonce. Le Niger a aujourd’hui besoin de stabilité et de crédibilité. Il récolte l’inverse. L’uranium ne se vend plus. Orano a saisi la justice sur la base de contrats en vigueur, et aucun État sérieux ne prendra le risque d’acheter au prix de contentieux coûteux. Mille tonnes sont bloquées ; le navire russe est reparti du port de Lomé sans rien, et la cargaison est désormais bloquée à Niamey. Le pipeline censé rapporter 500 millions de dollars par an est endommagé après des attaques sur le sol nigérien. Pas au Bénin. Pas ailleurs. Au Niger. Voilà le résultat concret de la fuite en avant politique.

Et puisque le pouvoir aime tant désigner des coupables extérieurs, posons la seule question qui dérange vraiment : qui attaque ? Les noms sont connus. Un Malien. Un Burkinabè. Identifiés. Avec des attaches familiales connues dans leurs pays. Ni Français, ni Togolais, ni Béninois. Mais ces faits-là, évidemment, cadrent mal avec le récit officiel, alors on les enterre sous le vacarme des accusations lointaines.

Plus grave encore : le scandale des rançons. En octobre dernier, les Émirats arabes unis ont versé 50 millions de dollars pour la libération d’un de leurs ressortissants. Cet argent alimente directement les groupes armés : recrutement, équipement, achat de matériel, y compris des drones aujourd’hui accessibles à bas coût. Et comme par hasard, lors de l’attaque de Niamey, des drones ont été utilisés. Voilà la vraie menace stratégique. Voilà le vrai sujet. Mais il est plus confortable de crier contre des ennemis désignés que d’affronter les conséquences d’un système qui finance, indirectement, sa propre insécurité.

À force de mentir, on ne gouverne plus : on improvise. À force de détourner les faits, on ne protège plus : on expose. Le Niger n’a pas besoin de postures idéologiques ni de discours martiaux pour la galerie. Il a besoin de vérité, de responsabilité et de lucidité stratégique. Le reste les accusations fantaisistes, la souveraineté à géométrie variable et la propagande de carrefour n’est pas seulement inutile. C’est une mise en danger délibérée du pays et de toute la sous-région.

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