dimanche 8 février 2026

Venance Konan aux Ivoiriens : « Que ceux que l’AES fait rêver aillent y vivre »

Par une formule volontairement provocatrice (« Je souhaite aux Ivoiriens que l’AES fait rêver d’aller y vivre »), l’écrivain et journaliste ivoirien Venance Konan interpelle l’opinion publique sur les dérives politiques, sécuritaires et institutionnelles observées au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Dans une tribune sans concession, il critique la stratégie récurrente de désignation d’ennemis extérieurs par les régimes de transition du Niger, du Burkina Faso et du Mali. Une mécanique politique qu’il décrit comme une fuite en avant destinée à masquer l’échec de la gouvernance interne et l’incapacité à répondre aux défis sécuritaires.

La logique du bouc émissaire

Après l’attaque récente de l’aéroport de Niamey par un groupe terroriste, le pouvoir nigérien a immédiatement mis en cause plusieurs pays voisins, dont la Côte d’Ivoire, le Bénin et la France. Pour Venance Konan, ce schéma se répète dans chaque pays de l’AES. Le Niger désigne le Bénin, le Burkina Faso accuse la Côte d’Ivoire et le Mali pointe l’Algérie avec la France comme « ennemi central » commun.

Cette logique, selon lui, sert à détourner l’attention des échecs sécuritaires, de l’enracinement du terrorisme et de l’incapacité des juntes à rétablir l’autorité de l’État sur leurs territoires.

Panafricanisme instrumentalisé et alignement stratégique

L’auteur dénonce également ce qu’il qualifie de « nouveau panafricanisme de façade », fondé sur une rhétorique anti-occidentale et un alignement stratégique avec la Russie. Il y voit moins un projet idéologique structuré qu’un discours politique utilitaire, mobilisé pour légitimer les régimes militaires et consolider leur pouvoir.

Cette orientation géopolitique s’accompagne, selon de nombreux rapports d’ONG internationales, de violations graves des droits humains, notamment au Mali, où des exactions contre des populations civiles et des pillages de ressources minières sont régulièrement documentés.

Un contraste assumé avec les États côtiers

Venance Konan établit un contraste direct entre les pays de l’AES et leurs voisins côtiers. Il évoque les écarts en matière de développement, d’infrastructures, d’accès à l’eau et à l’électricité, de sécurité, de libertés publiques, de stabilité institutionnelle et de fonctionnement démocratique.

Il souligne également la disparition progressive du pluralisme politique dans certains États sahéliens, citant l’interdiction récente des partis politiques au Burkina Faso et l’effacement de toute vie politique pluraliste.

Une stratégie de diversion politique

Pour l’auteur, la désignation d’ennemis extérieurs répond à une logique simple : créer des menaces fictives pour compenser l’absence de résultats concrets. Cette mécanique permet de canaliser les frustrations internes vers l’extérieur et de justifier la concentration du pouvoir.

À travers ce texte, Venance Konan ne se limite pas à une critique idéologique. Il formule un avertissement politique et sécuritaire. Pour lui, lAES s’enferme dans un modèle autoritaire, instable et conflictuel, fondé sur la propagande, la peur et la désignation d’ennemis, au détriment de la paix, du développement et de la stabilité régionale.

Sa tribune s’inscrit ainsi comme une prise de position forte dans le débat africain contemporain, à la croisée de la géopolitique, de la gouvernance et de la sécurité collective en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

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