jeudi 12 février 2026

Éjaculation régulière et cancer de la prostate : ce que dit vraiment la science

L’idée qu’une activité sexuelle régulière pourrait protéger la prostate circule depuis des décennies. Études américaines, méta-analyses internationales et hypothèses biologiques nourrissent le débat. Entre données scientifiques solides et limites méthodologiques, la recherche dessine aujourd’hui une réalité plus nuancée que les slogans simplistes.

Le cancer de la prostate reste l’un des cancers les plus fréquents chez l’homme, notamment en France, où il représente près d’un tiers des cancers masculins diagnostiqués chaque année. Face à des facteurs de risque non modifiables (âge, antécédents familiaux, origine génétique) la recherche s’est tournée vers les comportements de vie susceptibles d’influencer l’apparition de la maladie. Parmi eux, la fréquence de l’éjaculation occupe une place particulière.

L’hypothèse repose sur un mécanisme simple. L’évacuation régulière du liquide prostatique limiterait l’accumulation de substances potentiellement cancérogènes et réduirait l’inflammation chronique de la glande. Cette théorie, longtemps qualifiée de « frustration prostatique », a trouvé un écho scientifique avec une vaste étude prospective menée par la Harvard School of Public Health.

Suivant près de 32 000 hommes pendant 18 ans, cette cohorte a mis en évidence une réduction relative de 22 % du risque de cancer de la prostate chez ceux déclarant au moins 21 éjaculations par mois, comparativement à ceux qui en déclaraient entre 4 et 7. L’effet apparaissait surtout sur les formes peu agressives de la maladie, ce qui laisse penser à une action possible aux stades précoces du cancer.

Plusieurs mécanismes biologiques sont avancés, notamment la diminution locale de la dihydrotestostérone et l’amélioration de l’oxygénation des tissus prostatiques, stimulation de certains processus immunitaires liés aux hormones libérées lors de l’orgasme. Ces modèles restent toutefois théoriques, même s’ils renforcent la cohérence scientifique des observations épidémiologiques.

Mais ces résultats ne font pas l’unanimité. Une méta-analyse chinoise portant sur plus de 55 000 participants nuance fortement cette vision. Elle suggère un effet protecteur modéré jusqu’à environ 16 éjaculations par mois, suivi d’une possible remontée du risque au-delà de ce seuil. Parmi les facteurs confondants identifiés par les chercheurs figurent les infections sexuellement transmissibles, variations hormonales, comportements à risque, biais déclaratifs et différences de suivi médical.

Face à ces données parfois contradictoires, les autorités scientifiques restent prudentes. Aucune société savante ne recommande aujourd’hui une fréquence sexuelle comme stratégie de prévention du cancer de la prostate. Les facteurs les mieux établis demeurent la lutte contre la sédentarité, le contrôle du poids, l’activité physique régulière et une alimentation équilibrée.

En pratique, la science confirme qu’une sexualité active, saine et exempte de comportements à risque ne détériore pas la prostate, et pourrait même offrir un bénéfice modeste. Mais la prévention repose avant tout sur un mode de vie globalement sain, bien plus que sur un simple indicateur biologique ou comportemental.

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