jeudi 12 février 2026

Parlement béninois : quand les députés oublient leurs missions et devoirs

Le rôle des députés, fondamental dans toute démocratie, semble trop souvent mal compris ou négligé par une partie des parlementaires béninois. La mission d’un élu ne se limite pas à siéger dans l’hémicycle et à voter des lois, elle intègre un devoir de restitution et de vulgarisation de l’action législative auprès des citoyens, un rôle de pont entre le Parlement et la base électorale. Pourtant, cette responsabilité reste largement ignorée, et trop de décisions prises au nom des électeurs passent sous silence.

Heureusement, lors de sa première mandature, le professeur Joseph Djogbénou avait compris cette nécessité. Élu député, il s’était attaché à tenir sa base informée des décisions législatives, des débats en commission et des textes votés. Il représentait un exemple de responsabilité démocratique, avec pour mission d’informer, d’expliquer et de restituer. Depuis son départ de l’hémicycle, cette initiative est restée lettre morte.

Aujourd’hui, la vulgarisation des lois n’apparaît que de manière sporadique, souvent à des fins politiques ou lors de périodes électorales. Cette approche instrumentalisée réduit la valeur réelle du travail parlementaire et conforte l’image d’un Parlement éloigné des préoccupations quotidiennes des citoyens. Pour que la 10ᵉ législature gagne en crédibilité et en efficacité, il est impératif que le président de l’Assemblée nationale mette en place un cycle systématique de vulgarisation des textes votés et des initiatives prises au nom des mandats.

Les obligations du député 

L’exercice du mandat législatif comporte plusieurs obligations, notamment la participation assidue aux séances plénières et aux commissions, le respect strict des règles éthiques et la défense des intérêts de la population, et accompagnement des citoyens dans leurs démarches. Le député a également la responsabilité de proposer des amendements et de participer activement à l’élaboration des lois. Or, de nombreux parlementaires s’acquittent à peine de ces missions, et certains ne déposent même aucun amendement pendant toute la durée de leur mandat.

Une des raisons majeures de cette inertie réside dans le fonctionnement des cabinets parlementaires. Chaque député dispose d’un crédit collaborateur, un financement destiné à recruter du personnel pour l’assister dans ses missions législatives et locales. Pourtant, trop d’élus ne constituent pas de cabinet ou ne recrutent pas de collaborateurs qualifiés. Résultat, ils peinent à analyser les textes, à rédiger des amendements ou à communiquer efficacement sur leurs activités.

Un cabinet bien structuré comprend généralement des attachés parlementaires chargés du travail législatif et de la communication, un(e) secrétaire pour la gestion administrative et l’agenda, et parfois des assistants spécialisés dans les questions juridiques ou techniques. L’absence de ces ressources compromet l’efficacité de l’élu et, par ricochet, prive les citoyens d’une information claire et accessible.

Au-delà de l’aspect technique, le déficit de restitution et de communication montre une culture parlementaire encore trop concentrée sur l’hémicycle et distante du terrain. Or, un député doit être un relais entre l’institution et la population, un médiateur capable d’expliquer les textes votés, de recueillir les préoccupations locales et d’y répondre par des propositions concrètes. Dans ce sens, la vulgarisation ne doit pas être un acte ponctuel mais un processus continu, institutionnalisé, et soutenu par des moyens humains et financiers adaptés.

La 10e législature dispose donc d’une occasion unique pour redéfinir le rôle du député au Bénin. En effet, en instaurant des règles de transparence, de participation et de communication, elle peut rétablir la confiance des citoyens envers le Parlement. La mise en place de cycles réguliers de vulgarisation des lois, avec un usage efficace du crédit collaborateur, permet aux élus de remplir pleinement leur mandat. Ils doivent proposer des lois, informer le public, défendre les intérêts de la population et représenter fidèlement leurs électeurs.

En terme simple, un député ne se résume pas à adopter des lois. Il joue le rôle de trait d’union entre l’institution législative et les citoyens. Ignorer cette dimension fragilise la démocratie et alimente un sentiment de distance entre élus et électeurs. La réussite de cette législature dépendra donc de la capacité des députés à comprendre et à assumer pleinement ce rôle. Comme l’a montré Joseph Djogbénou, informer et accompagner ses électeurs est non seulement possible, mais indispensable pour que le Parlement béninois devienne un véritable acteur de la vie démocratique et du développement national.

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