Il y a du Gatsby le Magnifique chez Jeffrey Epstein. Comme le héros de Francis Scott Fitzgerald, le financier new-yorkais, mort en prison à l’été 2019, a construit sa fortune et son influence sur des mystères, des intrigues et des manipulations. Mais derrière les fêtes extravagantes et les relations avec l’élite mondiale se cachait un prédateur sexuel dont les crimes, révélés par la récente diffusion de milliers de documents, continuent d’ébranler les plus hautes sphères du pouvoir.
Né en 1953 dans une famille juive modeste de Brooklyn, fils d’un jardinier municipal et d’une assistante maternelle, Jeffrey Epstein n’avait a priori rien pour accéder aux cercles les plus fermés de la planète. Pourtant, grâce à un sens aigu de l’intrigue et une capacité rare à s’immiscer dans les réseaux de pouvoir, il a réussi à se frayer un chemin jusqu’aux sommets de la finance, de la politique et de la culture.
Un réseau tentaculaire
Les documents récemment déclassifiés dessinent les contours d’une emprise globale aux ramifications stupéfiantes. Le scandale menace aujourd’hui le gouvernement et la royauté britanniques, fait trembler la Norvège, éclabousse le Comité olympique, et a déjà provoqué la chute de personnalités comme Jack Lang. Ses connexions s’étendent jusqu’en Russie et dans les monarchies du Golfe.
Epstein n’était pas seulement un prédateur sexuel, condamné une première fois en 2008 pour sollicitation de prostitution de mineure. C’était aussi un gangster qui a bâti sa fortune sur le dos de Leslie Wexner, le patron d’Abercrombie & Fitch et Victoria’s Secret. Un séducteur, enfin, qui offrait à ses hôtes un accès privilégié à ses réseaux d’affaires, des discussions politiques, des fêtes grandioses et, selon les témoignages, des filles « très jeunes ».
La question qui hante l’enquête est simple : comment un homme seul a-t-il pu sévir si longtemps ? La réponse tient sans doute dans ce réseau d’influences qui l’a protégé. Des élites new-yorkaises à la communauté scientifique de la Nouvelle-Angleterre, en passant par la jet-set mondialisée, nombreux sont ceux qui ont continué à fréquenter Epstein même après sa première condamnation.
Un siècle après Gatsby, l’Amérique et le monde découvrent avec effroi que le plus grand des prédateurs avait réussi à se faire inviter dans toutes les fêtes, jusqu’à ce que le masque tombe.
