Le décès d’Abdoulaye Ba, étudiant en médecine de 22 ans, survenu le 9 février sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, continue de secouer le Sénégal. Selon un rapport d’autopsie cité ce week-end par les médias locaux, la mort est due à un « polytraumatisme compliqué d’hémorragies internes massives », ce qui permet « d’écarter une cause naturelle isolée ». Des conclusions que l’AFP n’a pas pu vérifier indépendamment.
Le document, largement diffusé, fait état de plusieurs traumatismes au thorax et au crâne, ayant entraîné une « défaillance cardio-respiratoire aiguë secondaire à des hémorragies internes multiples ». Les constats orientent vers « un mécanisme traumatique majeur », selon les experts.
Pourtant, le procureur de la République a estimé dans un communiqué que « les éléments disponibles ne corroborent pas les rumeurs faisant état de violences physiques exercées sur la victime ». Une déclaration qui a provoqué la colère du collectif des Amicales de l’UCAD, mouvement étudiant à l’origine de la contestation. Dans un communiqué publié ce 16 février, le collectif accuse le procureur « d’entretenir la confusion » et exige que « toute la lumière soit faite ». La semaine dernière, il affirmait que l’étudiant avait été « torturé à mort par les policiers ».
Le gouvernement entre reconnaissance et justification
Face à la pression, le gouvernement a fini par réagir. Lors d’une conférence de presse, l’exécutif a qualifié le décès de « tragédie » et admis l’existence de « bavures policières ». Mais le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, a également justifié l’intervention du 9 février. Ce dernier accuse, vidéos à l’appui, les étudiants d’avoir voulu détruire des infrastructures de la cité universitaire.
Des vidéos filmées par des étudiants et diffusées sur les réseaux sociaux témoignent de la violence des heurts. On y voit des forces de sécurité pénétrer dans l’enceinte de l’université et tirer du gaz lacrymogène dans les pavillons, tandis que des étudiants ripostent avec des jets de pierre. Sur l’une d’elles, authentifiée par l’AFP, des policiers frappent un homme à terre avec des matraques.
Le décès d’Abdoulaye Ba est survenu après plusieurs jours de manifestations violentes pour contester une réforme du paiement des bourses et réclamer le paiement d’arriérés. L’émotion reste vive dans le pays, où la société civile et les familles d’étudiants réclament une enquête indépendante.
