Une page d’histoire s’est tournée ce vendredi 20 février 2026 à Paris. Le tambour parleur Djidji Ayôkwé, volé par les colons français il y a 110 ans, a été officiellement restitué à la Côte d’Ivoire lors d’une cérémonie au Musée du quai Branly. L’acte de transfert de propriété a été signé par les ministres française et ivoirienne de la Culture, en présence de nombreux responsables des deux pays.
« Voilà exactement 110 ans que le bien a été confisqué… 110 ans que le peuple atchan attend ce moment », a déclaré la ministre ivoirienne de la Culture, Françoise Remarck avant d’ajouter : « Au-delà de sa restitution à cette communauté, il s’agit d’abord et avant tout d’un événement national, parce que le Djidji Ayôkwé est aussi un symbole de cohésion sociale, de fraternité ».
La restitution a été présentée par la ministre française en charge des Partenariats internationaux, Éléonore Caroit, comme porteuse d’une forte valeur symbolique. « Elle incarne la transformation de nos relations avec les pays du continent africain, et singulièrement avec la Côte d’Ivoire. Elle montre que nous sommes dans un partenariat d’égal à égal, que nous regardons lucidement notre passé et qu’en même temps, nous regardons vers l’avenir », a-t-elle déclaré.
Le tambour, poussé par un léopard, lourd de plus de 400 kilos et long de près de quatre mètres, deviendra la pièce centrale du Musée des civilisations de Côte d’Ivoire, qui doit ouvrir cette année à quelques kilomètres de l’endroit où il a été volé. Conçu en collaboration avec le Musée du quai Branly, l’institution entend utiliser des outils modernes (QR codes, tablettes, numérisation 3D) pour transmettre l’amour du patrimoine aux jeunes générations.
Avant sa confiscation en 1916, le Djidji Ayôkwé était un instrument de lien social au sein de la communauté atchan, permettant de « rassembler le peuple pour échapper aux vicissitudes de la colonisation », rappelle Claude Paulin Danho, vice-gouverneur du district d’Abidjan. 110 ans plus tard, il retrouve cette vertu en conduisant les membres de la communauté à se réunir pour préparer son retour. Une cérémonie coutumière est prévue lundi 23 février.
La Côte d’Ivoire demande la restitution de 147 autres biens culturels à la France et à d’autres pays. À Paris, une loi-cadre a été votée par le Sénat fin janvier pour faciliter le retour des biens acquis pendant la colonisation. Elle doit prochainement être examinée par les députés.

