Pays enclavé par excellence, le Mali pourrait bientôt accéder directement à l’océan Atlantique grâce à un projet d’envergure qui porte sur la transformation du fleuve Sénégal en une véritable voie navigable commerciale.
Porté par l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et son bras opérationnel, la SOGENAV, le projet associe le Mali, le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée. La pose de la première pierre du corridor Saint-Louis–Ambidédi est prévue pour avril 2026.
Le corridor reliera Saint-Louis, ancien port atlantique du Sénégal, à Ambidédi, dans la région de Kayes au Mali, sur près de 900 kilomètres. L’ambition est de faire du fleuve une artère commerciale moderne, dotée de chenaux navigables, de ports fluviaux et de terminaux logistiques performants.
Estimé à plus de 800 millions de dollars (446 milliards FCFA), le projet pose de redoutables défis : dragage régulier du fleuve, gestion des variations saisonnières du niveau d’eau, sécurité sur l’ensemble du tracé, et efficacité des infrastructures portuaires. Sa réussite dépendra de la qualité du montage financier, de la transparence de la gouvernance et de la mobilisation des partenariats public-privé.
Pour le Mali, pays enclavé dont l’économie subit les contraintes de l’enclavement depuis des décennies, le transport fluvial change radicalement la donne. Coton, minerais et produits agricoles transitent aujourd’hui quasi exclusivement par la route, avec des coûts élevés et des délais imprévisibles. Les études préliminaires évoquent une réduction des coûts logistiques pouvant atteindre 60 %, un avantage décisif pour les exportations en vrac. L’impact potentiel sur les marges, l’attractivité minière et la balance commerciale est considérable.
Le corridor du fleuve Sénégal n’est pas qu’un projet logistique. Il s’inscrit dans une vision plus large de reconquête de la souveraineté économique. Dans un contexte de relations parfois complexes avec certains voisins côtiers, l’accès autonome à la mer devient un instrument stratégique. Cette dynamique fait écho aux objectifs de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui cherche à sécuriser de nouvelles routes commerciales et à réduire la dépendance structurelle. L’infrastructure devient ici un acte politique, matérialisant la capacité des États sahéliens à contourner les contraintes géographiques héritées de l’histoire.

