lundi 23 février 2026

Afrique de l’Ouest : l’AES, l’outil politique du renseignement russe sur le continent africain

La mort d’Evgueni Prigojine en 2023 n’a pas sonné le glas de l’influence russe en Afrique. Selon une enquête publiée par un consortium de médias internationaux (Forbidden Stories, All Eyes On Wagner, Dossier Center, openDemocracy et iStories), le Service de renseignement extérieur russe (SVR) a repris la direction des opérations d’influence autrefois pilotées par la société paramilitaire Wagner.

L’investigation s’appuie sur 76 documents authentifiés, issus d’une fuite anonyme transmise au média panafricain The Continent. Plus de 1 400 pages en russe, comprenant plans stratégiques, rapports opérationnels, documents comptables et bilans de campagnes de désinformation menées entre janvier et novembre 2024.

Après la mutinerie avortée de Wagner en juin 2023 et la mort de Prigojine deux mois plus tard, Moscou a réorganisé sa présence en Afrique. Les activités paramilitaires ont été restructurées autour de l’Africa Corps, sous l’autorité du ministère russe de la Défense. Mais le levier stratégique de l’influence politique et informationnelle, lui, est passé sous le contrôle direct du SVR. « Le SVR a désormais pris en main l’outil le plus efficace du groupe Wagner », écrivent les auteurs.

La branche concernée, connue sous le nom d’« Africa Politology » ou « La Compagnie », emploierait près d’une centaine de consultants spécialisés en communication politique, réseaux sociaux et stratégie d’opinion. Entre 2024 et 2025, des équipes auraient été déployées au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Libye, au Soudan, au Ghana et à Madagascar.

Les documents révèlent un système où se mêlent campagnes de désinformation, lobbying politique et soutien sécuritaire. Le SVR fournirait des renseignements ciblés, faciliterait le recrutement de sources locales et contribuerait au placement d’agents d’influence à des postes clés. En Centrafrique, il aurait été sollicité pour éviter que les restructurations ne perturbent les activités des contractants liés à Wagner. Au Mali, il aurait fourni des informations sur les plans militaires français et américains au Sahel.

La création en 2023 de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) est présentée comme l’un des succès politiques majeurs de Moscou dans la région. Pour Lou Osborn, coautrice de l’enquête, cette évolution révèle la capacité de la Russie à consolider son influence dans des États sahéliens « instables et vulnérables ».

Un réseau d’entreprises sert d’intermédiaires financiers. Près de 7,3 millions de dollars auraient été consacrés aux opérations d’influence entre janvier et octobre 2024 (environ 750 000 dollars par mois). Malgré ces moyens, les résultats sont contrastés : nombre d’accords de coopération peinent à se traduire en projets économiques concrets et rentables.

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