Le gouvernement nigérian a versé aux militants de Boko Haram une rançon de plusieurs millions de dollars pour libérer jusqu’à 230 enfants et membres du personnel enlevés dans une école catholique en novembre, a révélé lundi une enquête de l’AFP. Deux commandants du groupe djihadiste ont également été libérés dans le cadre de cet accord, qui contredit la loi nigériane qui interdit les paiements aux ravisseurs.
Selon des sources du renseignement citées par l’AFP, l’argent a été livré par hélicoptère au bastion de Gwoza, fief de Boko Haram dans l’État de Borno, dans le nord-est du pays, à la frontière avec le Cameroun. La somme a été remise à Ali Ngulde, un commandant du groupe djihadiste dans cette zone.
En raison de l’absence de couverture de communication dans cette région reculée, Ngulde a dû traverser au Cameroun pour confirmer la livraison de la rançon avant que le premier groupe de 100 enfants ne soit libéré.
Boko Haram n’avait pas été initialement lié à cet enlèvement, mais des sources ont indiqué à l’AFP que l’un de ses commandants les plus craints était derrière ce rapt massif. Le tristement célèbre djihadiste connu sous le nom de Sadiku, déjà auteur d’une attaque spectaculaire contre un train en 2022, a orchestré l’opération. À l’époque, il avait déjà obtenu d’importantes rançons pour la libération de hauts fonctionnaires et de passagers aisés.
Les enfants et le personnel de l’école catholique St Mary à Papiri, dans l’État du centre du Niger, avaient été libérés après deux semaines de négociations menées par Nuhu Ribadu, conseiller à la sécurité nationale du Nigeria.
Quatre sources des renseignements ont déclaré à l’AFP que le gouvernement avait payé une “énorme” rançon. Une source l’a estimée à 40 millions de naira par tête, soit environ 7 millions de dollars au total. Une autre a avancé un chiffre global de deux milliards de naira.
Toutefois, les responsables gouvernementaux nient catégoriquement tout paiement. Le service de sécurité de l’État du Nigeria a déclaré que “les agents du gouvernement ne paient pas de rançons”. Cependant, un porte-parole a admis que si une famille souhaite libérer ses proches, personne ne peut l’empêcher de payer.
Le Nigeria est depuis longtemps confronté à des enlèvements de masse, avec des criminels et des groupes djihadistes parfois associés pour extorquer des millions aux familles des otages, tandis que les autorités paraissent impuissantes à endiguer le phénomène.
Malgré l’existence d’une loi de 2022 criminalisant le paiement de rançons, avec des peines pouvant atteindre 15 ans de prison, la pratique demeure. Selon l’ACLED, 828 enlèvements ont été recensés l’année dernière, dépassant le total combiné du Mexique et de la Colombie. La crise a été qualifiée de « industrie structurée et lucrative » par un rapport de SBM Intelligence.
