mercredi 25 février 2026

Nigeria : Abuja dément avoir versé une rançon à Boko Haram pour la libération d’écoliers enlevés

Le gouvernement nigérian a formellement démenti mardi 24 février 2026 avoir versé une rançon pour libérer jusqu’à 230 enfants et membres du personnel enlevés dans une école catholique de l’État du Niger par des jihadistes de Boko Haram en novembre 2025.

Ce démenti fait suite à la publication par l’AFP d’une enquête détaillée affirmant que le gouvernement avait versé une rançon de plusieurs millions de dollars aux combattants de Boko Haram et relâché deux commandants du groupe jihadiste en échange de la libération des élèves.

Dans un communiqué, le ministre de l’Information et de l’Orientation nationale, Mohammed Idris, a qualifié ces allégations de « totalement fausses et sans fondement », et estime qu’elles « portent atteinte au professionnalisme et à l’intégrité des forces de sécurité nigérianes ainsi qu’aux sacrifices qu’elles font au quotidien ».

Le ministre a assuré que la libération des élèves et du personnel était le résultat combiné « du renseignement » et « d’une opération d’une grande précision ». Il rejette catégoriquement la thèse du versement d’une rançon.

« Pour éviter tout doute, aucune rançon n’a été payée et aucun commandant militant n’a été libéré », a insisté le ministre tout en ajoutant que l’Office du conseiller à la sécurité nationale, le Service de sécurité de l’État et l’Assemblée nationale ont tous démenti ces allégations.

Une enquête aux sources multiples

L’enquête de l’AFP, publiée le 23 février, citait quatre sources des services de renseignement affirmant qu’une rançon « énorme » avait été versée pour obtenir la libération des élèves. Selon ces sources, l’argent aurait été transporté par hélicoptère jusqu’au bastion de Gwoza, fief de Boko Haram dans l’État de Borno, et remis à Ali Ngulde, un commandant du groupe dans la zone.

Les estimations du montant varient. Une source évoquait 40 millions de naira par tête, soit environ 7 millions de dollars au total, tandis qu’une autre avançait un chiffre global de deux milliards de naira.

L’enquête impute également la responsabilité de l’enlèvement à un commandant redoutable de Boko Haram connu sous le nom de Sadiku, déjà auteur d’une attaque spectaculaire contre un train en 2022.

Des réactions politiques

L’African Democratic Congress (ADC) a mis en garde contre les implications d’un éventuel paiement de rançon. Pour ce parti, cela signifierait que « le gouvernement a fait des affaires avec les terroristes tout ce temps et a présenté les paiements de rançon comme des opérations de sauvetage ».

Le Parti démocratique populaire (PDP) a également réclamé la fin des paiements de rançon, mettant en avant des chiffres selon lesquels ces paiements auraient totalisé 2 300 milliards de nairas entre mai 2023 et avril 2024, période durant laquelle plus de 2,2 millions de Nigérians ont été victimes d’enlèvements.

Pour information, l’enlèvement des élèves de l’internat mixte Saint Mary est l’un des plus importants rapt de masse de l’histoire du Nigeria, pays ravagé par ce phénomène ces dernières années. Le pays est depuis longtemps en proie à des enlèvements de masse, avec des criminels et des groupes jihadistes qui travaillent parfois ensemble pour extorquer des millions aux familles des otages .

Un récent rapport de SBM Intelligence, un cabinet de conseil basé à Lagos, indique que ce « secteur à but lucratif » a rapporté environ 1,66 million de dollars entre juillet 2024 et juin 2025. Malgré une loi de 2022 criminalisant les paiements de rançon avec des peines allant jusqu’à 15 ans de prison, la pratique persiste.

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