Les tensions entre les deux voisins ont basculé dans une nouvelle dimension. Après une escalade militaire meurtrière, le Pakistan a officiellement déclaré vendredi 27 février la « guerre ouverte » aux autorités talibanes afghanes. La veille, l’aviation pakistanaise avait bombardé plusieurs grandes villes afghanes, dont Kaboul et Kandahar, en riposte à des attaques venues du territoire afghan.
« Notre patience a atteint ses limites. C’est désormais la guerre ouverte entre nous et vous », a lancé sur le réseau social X le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, dans une déclaration sans précédent.
Dans la foulée de cette annonce, des tirs d’artillerie et des échanges de coups de feu ont éclaté vendredi matin près du poste-frontière stratégique de Torkham, principal point de passage entre les deux pays. Des journalistes de l’AFP sur place ont rapporté des tirs en provenance du territoire afghan vers 9h30 heure locale.
Le camp de réfugiés d’Omari, qui abrite des Afghans rapatriés à proximité de la frontière, a été touché par les combats pendant la nuit, semant la panique parmi ses occupants. « Les enfants, les femmes et les personnes âgées couraient dans tous les sens », a témoigné un habitant âgé de 65 ans.
Jeudi, l’aviation pakistanaise a visé Kaboul, la capitale, ainsi que Kandahar, fief du chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada. Le ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, a justifié ces frappes comme une « réponse appropriée » aux attaques afghanes lancées plus tôt dans la journée.
Le ministre de l’Information, Attaullah Tarar, a précisé que les bombardements avaient ciblé des installations militaires talibanes à Kaboul, Kandahar et dans la province de Paktia.
Le gouvernement taliban a confirmé ces frappes aériennes, mais son porte-parole, Zabihullah Mujahid, a démenti toute perte humaine. Les autorités afghanes ont également annoncé avoir riposté en visant des installations militaires pakistanaises.
Des bilans divergents et invérifiables
Les deux camps revendiquent des succès militaires et publient des chiffres de pertes radicalement opposés, qu’aucune source indépendante n’a pu confirmer. Selon le porte-parole taliban, les forces afghanes se sont emparées jeudi de 15 avant-postes pakistanais et ont tué des « dizaines » de soldats ennemis.
De son côté, Islamabad affirme avoir visé des camps « terroristes » en territoire afghan le week-end dernier, une opération qui aurait fait plus de 80 morts selon une source sécuritaire pakistanaise.
Cette escalade militaire est l’aboutissement d’une dégradation continue des relations entre le Pakistan, puissance nucléaire, et l’Afghanistan dirigé par les talibans depuis 2021. Depuis octobre 2025, les principaux points de passage terrestres sont fermés à la suite d’affrontements qui avaient déjà fait plus de 70 morts.
Les autorités pakistanaises accusent régulièrement les talibans afghans de tolérer sur leur sol des groupes terroristes qui mènent des attaques contre le Pakistan, une accusation que Kaboul rejette catégoriquement. La situation semble aujourd’hui avoir atteint un point de non-retour.
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