Boncana Maïga : retour sur le parcours d’une légende de la musique africaine

Boncana Issa Tandagari Maïga était bien plus qu’un musicien. Il était un compositeur, arrangeur, chef d’orchestre et directeur artistique de génie. Véritable touche-à-tout, il était un créateur infatigable, un homme-orchestre qui a marqué des générations entières par son talent, son engagement et sa vision panafricaine de la culture. Il avait 77 ans.

Né à Gao, au Mali, en 1948 , Boncana Maïga a grandi au Niger voisin. C’est au début des années 1960 qu’il fait ses premiers pas en créant un petit orchestre appelé le “Negro Band” à Gao, avec lequel il parcourt le Mali.

Son destin bascule en 1963. Dans le cadre d’une coopération entre le Mali et Cuba, il obtient une bourse d’État pour étudier la musique au prestigieux Conservatoire de La Havane. Il y passera dix ans (de 1964 à 1973), se perfectionnant notamment à la flûte traversière, son instrument de prédilection, et au saxophone. Cette immersion dans la musique cubaine sera fondamentale pour la suite de sa carrière.

Avec neuf autres musiciens maliens, il forme à La Havane le groupe “Les Maravillas du Mali” en 1968. Leur concept est audacieux : métisser les rythmes afro-cubains (chachacha, son, boléro) avec les sonorités de leur terre natale. Leur musique devient un phénomène, faisant danser tout Cuba, jusqu’au célèbre Che Guevara. Leur titre “Rendez-vous Chez Fatimata” devient un hymne dans toute l’Afrique de l’Ouest. Le coup d’État de 1968 au Mali mettra fin à cette aventure, mais le mythe est né.

En 1974, après un bref et difficile retour au Mali, Boncana Maïga s’exile en Côte d’Ivoire. Il déclare lui-même : “Je suis parti du Mali par la fenêtre et la Côte d’Ivoire m’a ouvert grandes ses portes”. Il y vivra une période extrêmement faste pendant 14 ans. Il est le créateur et le chef d’orchestre de l’orchestre de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI), aux côtés du légendaire Manu Dibango. Parallèlement, il enseigne la musique au Conservatoire National d’Abidjan.

Africando, la Salsa Africaine

En 1992, il cofonde avec le producteur sénégalais Ibrahim Sylla le groupe Africando. Ce collectif rassemble des chanteurs de renom d’Afrique de l’Ouest pour interpréter une salsa teintée de sonorités mandingues, peules et wolofs. Le projet est un succès international et devient un symbole de la relation musicale entre l’Afrique et Cuba.

Boncana Maïga était aussi un arrangeur de génie, travaillant avec des sommités comme Alpha Blondy, Ray Lema ou Aïcha Koné. Il a également brillé au cinéma en signant les musiques de films cultes comme “Bal Poussière” (1988) d’Henri Duparc et “Moolaadé” (2006) d’Ousmane Sembène.

De retour au Mali en 2005, il crée sa maison de production, Maestro-Sound Mali, pour continuer à former et promouvoir les jeunes talents. Il devient également le présentateur unique de l’émission musicale à succès “Stars Parade”, diffusée sur TV5 Monde, qui a fêté ses 1000 numéros.

Tout au long de sa vie, Boncana Maïga a été un véritable défenseur de la culture africaine, un “résistant de la culture”, toujours soucieux de transmettre son savoir et de valoriser les artistes. Sa vision a été récompensée par de nombreuses distinctions, dont un Kora Award en tant qu’arrangeur en 1997.

Il laisse derrière lui un héritage immense, fait de métissage musical, de découvertes et de transmission. Il était, comme le dit si bien un hommage, “l’harmonie du baobab d’Afrique et la philosophie”.

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