Moyen-Orient : les coulisses de l’opération américano-israélienne contre l’Iran

La presse a appris dimanche 1er mars 2026 par le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole de l’armée israélienne, que lors de la frappe initiale menée en plein jour, plus de 40 hauts gradés iraniens, dont l’ayatollah Ali Khamenei, avaient été éliminés en à peine une minute.

Au total, quelque 500 cibles ont été touchées au cours de la journée. Selon l’armée, environ 200 avions de combat ont participé à une frappe massive contre le dispositif de missiles et les systèmes de défense du régime iranien dans l’ouest et le centre du pays. L’opération a été qualifiée de « plus grand raid aérien de l’histoire de l’armée de l’air israélienne ». Le président américain a également salué les résultats de la mission. « La situation évolue très positivement en ce moment », a déclaré Donald Trump dimanche lors d’un entretien téléphonique avec CNBC tout en précisant que « tout se déroule en avance sur le calendrier ».

Cependant, le calendrier interroge. Alors que Téhéran et Washington avaient engagé de nouveaux pourparlers sur le nucléaire iranien, les frappes observées samedi témoignent d’une coordination entre Israël et les États-Unis « sans commune mesure avec ce que l’on a connu par le passé », a estimé dimanche le spécialiste des questions de défense du quotidien israélien Haaretz, Amos Harel.

Pour autant, peu d’informations filtrent sur la préparation de cette opération d’une ampleur inédite. Pour Elliott Abrams, spécialiste du Moyen-Orient au Council on Foreign Relations et ancien représentant spécial de Donald Trump pour l’Iran et le Venezuela lors de son premier mandat, « l’hypothèse la plus plausible est que la décision conjointe Trump-Nétanyahou d’attaquer l’Iran a été prise lors de la visite de Benyamin Nétanyahou à Washington il y a deux semaines [le 11 février] ». Cité sur le site du think tank, l’Américain dit s’appuyer sur des sources israéliennes. Lors de cette visite, les dirigeants se sont entretenus « pendant près de trois heures lors d’une réunion inhabituellement discrète », remarquait à l’époque la BBC.

Une attaque préparée 

Selon le site américain Axios, c’est le 14 janvier que le président américain a commencé à plancher sur cette collaboration. Dans les semaines qui ont suivi, « le directeur du Mossad s’est rendu à Washington à deux reprises, suivi par le chef du renseignement militaire israélien et le chef d’état-major de Tsahal », en vue de préparer ces attaques coordonnées.

Israël et États-Unis avaient déjà uni leurs forces contre l’Iran. En juin, les deux pays ont frappé les installations d’enrichissement d’uranium de la République islamique. L’opération, qui avait duré douze jours, avait nécessité 14 mois de préparation, révélait dans une enquête The Jerusalem Post dans un article du 20 juin. Selon l’armée israélienne citée par le média israélien dimanche, l’étude des « réussites et les lacunes opérationnelles identifiées lors de [cette] opération » a permis de préparer l’opération en cours.

Mardi, le chef d’état-major de l’armée, Eyal Zamir, « s’est rendu à la base aérienne de Hatzerim avec le commandant de l’armée de l’air israélienne, le major-général Tomer Bar, le commandant de la base aérienne de Hatzerim, le brigadier-général R, et d’autres commandants », afin « d’évaluer l’état de préparation de l’armée de l’air en vue de l’opération », poursuit The Jerusalem Post, qui cite un communiqué des forces israéliennes. Selon ces dernières, la préparation a occasionné « des dizaines de réunions d’information et de discussions opérationnelles ».

Pour la BBC, « tout porte à croire [que les États-Unis et Israël] se sont divisé le travail, Israël se concentrant sur des frappes visant des cibles de premier plan et les États-Unis davantage sur des cibles militaires ».

Ces dernières semaines, les États-Unis avaient considérablement renforcé leur présence dans la région. Fin février, des dizaines d’avions de chasse ont convergé vers le Moyen-Orient, ont observé les analystes de l’organisation Military Air Tracking Alliance (MATA), qui étudie les mouvements des forces aériennes militaires et gouvernementales, cités par l’agence de presse américaine AP. En mer Méditerranée, l’USS Gerald-R.-Ford a rejoint l’USS Abraham-Lincoln, autre porte-avions américain déjà présent dans la région, accompagné de trois destroyers. À la lecture de la longue liste des moyens mobilisés au fil des jours, ce déploiement américain apparaît comme la plus grosse démonstration de force au Moyen-Orient depuis la guerre en Irak, en 2003.

Ils avaient clairement l’intention de renforcer la pression exercée sur l’Iran pour que le pays cède aux demandes formulées par Washington dans le cadre des discussions sur le nucléaire. « Il y a eu une négociation diplomatique dont, effectivement, pas grand monde espérait qu’elle puisse déboucher, mais qui, malgré tout, jouait son rôle », a rappelé le directeur du centre des études de sécurité de l’Ifri (Institut français des relations internationales), Elie Tenenbaum, invité samedi sur le plateau de franceinfo. « Elle pouvait remplir un rôle de masquer des préparatifs militaires, mais en vérité, ces préparatifs n’étaient masqués à personne puisque la concentration des forces américaines dans la région était très claire depuis la fin du mois de décembre, ou en tout cas du mois de janvier », a-t-il ajouté.

Selon le New York Times, c’est une information transmise par les services secrets américains, la CIA, qui a pu déclencher l’opération. Citant des sources proches de l’opération, le journal américain affirme que l’agence « a appris qu’une réunion de hauts responsables devait avoir lieu samedi matin dans un complexe immobilier appartenant aux autorités iraniennes au cœur de Téhéran. Plus important encore, la CIA a appris que le guide suprême devait être sur place », a rapporté le quotidien. Les États-Unis et Israël ont alors décidé d’ajuster la chronologie de leur attaque, assure le quotidien américain. Selon la télévision israélienne citée par l’AFP, « 30 bombes » ont été larguées sur le complexe résidentiel d’Ali Khamenei.

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